EU PULSE | Pourquoi l’Europe n’agit pas directement contre la flambée de l’essence et du diesel

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BRUXELLES — Le pétrole recommence à alourdir la facture des automobilistes européens. Le Brent évolue autour de 95 dollars le baril après une hausse de plus de 7 % en une semaine. Les tensions entre les États-Unis et l’Iran, les restrictions dans le détroit d’Ormuz et les attaques contre des raffineries russes réduisent les marges de sécurité du marché. En Europe, la pression vient aussi du raffinage : les marges sur l’essence ont dépassé 62 dollars par baril et celles du diesel ont approché 79 dollars.

Face à cette envolée, Bruxelles dispose pourtant de moyens limités pour agir directement sur le montant affiché à la pompe. La raison est d’abord institutionnelle : l’Union européenne surveille le marché et établit des règles communes, mais elle ne fixe ni le cours des carburants ni l’essentiel de leur fiscalité.

La baisse des taxes dépend d’abord des États

La directive européenne sur la taxation de l’énergie impose des taux minimaux d’accises de 359 euros pour 1 000 litres d’essence sans plomb et de 330 euros pour le gazole. Au-delà de ce plancher, chaque État reste libre d’appliquer un niveau supérieur. La TVA relève également des choix nationaux dans le cadre fixé par le droit européen.

Une réduction générale de la facture à la pompe devrait donc principalement être décidée à Paris, Madrid, Berlin ou Rome. La Commission peut assouplir l’encadrement des aides d’État et accompagner des mesures temporaires et ciblées en faveur des ménages, PME ou secteurs les plus exposés. Elle ne peut en revanche imposer seule une baisse uniforme des taxes sur les carburants dans les Vingt-Sept.

Bruxelles ne semble pas davantage vouloir reproduire automatiquement les soutiens généralisés mis en place lors de la crise énergétique de 2022. La Commission privilégie désormais des interventions ciblées et temporaires, qui conservent une incitation à économiser l’énergie et évitent d’installer durablement de nouvelles subventions aux énergies fossiles.

Des stocks stratégiques qui ne servent pas à fixer les prix

L’Europe possède néanmoins un deuxième levier : ses réserves pétrolières d’urgence. Les États membres doivent conserver des stocks représentant au minimum 90 jours d’importations nettes ou 61 jours de consommation. Cette année, les pays européens ont également participé à l’opération coordonnée par l’Agence internationale de l’énergie mettant environ 400 millions de barils sur le marché afin de compenser les pertes d’approvisionnement.

Ces réserves ont toutefois été conçues pour répondre à une rupture grave des approvisionnements, et non pour administrer le prix du litre. Fin juillet encore, la Commission estimait que la demande européenne pouvait être satisfaite grâce aux stocks commerciaux et à des approvisionnements alternatifs. Tant que le carburant reste disponible, même cher, puiser massivement dans les réserves uniquement pour réduire les prix reviendrait à entamer une assurance stratégique destinée à une crise physique.

La dépendance pétrolière reste le véritable verrou

La limite fondamentale est ailleurs : environ 95 % du pétrole brut consommé par l’Union est importé et les transports absorbent près de 70 % de l’approvisionnement pétrolier européen. Bruxelles peut diversifier ses fournisseurs, coordonner les stocks et accélérer l’électrification, mais elle ne maîtrise ni le Brent ni les marges internationales de raffinage.

La hausse actuelle illustre donc le paradoxe européen. L’Union dispose d’outils puissants pour sécuriser l’approvisionnement, mais de beaucoup moins de moyens pour isoler les consommateurs d’un choc mondial sur les prix. Une réponse immédiate à la pompe dépend essentiellement des budgets nationaux ; à plus long terme, Bruxelles mise sur la réduction de la consommation de pétrole pour diminuer cette vulnérabilité.

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