MADRID — L’Espagne entre dans la dernière ligne droite de son Plan de relance, de transformation et de résilience avec plus de 25 milliards d’euros encore à demander à Bruxelles. Cette somme correspond au septième et dernier versement du mécanisme européen : 21,462 milliards d’euros de subventions et 4,4 milliards de prêts, conditionnés au respect de 148 jalons et objectifs avant le dépôt de la demande définitive.
Le calendrier européen fixe au 31 août la date limite pour réaliser les jalons et les investissements engagés. La demande officielle du dernier versement pourra être déposée jusqu’au 30 septembre. La différence entre ces deux échéances concentre désormais la pression sur l’administration, les communautés autonomes et les entreprises qui participent aux projets financés par les fonds Next Generation EU.
Demander les fonds ne signifie pas les exécuter
Le chiffre global doit être lu avec précision. Les plus de 25 milliards d’euros restant à demander ne correspondent pas automatiquement à des projets bloqués ni à des fonds simplement disponibles. Ils relèvent de la dernière tranche du plan et leur versement dépend de la capacité de l’Espagne à démontrer à la Commission européenne qu’elle a respecté les engagements convenus.
Dans le même temps, l’analyse de BBVA Research alerte sur un risque de sous-exécution. À la fin du mois de juin, 62,726 milliards d’euros de contrats et d’aides financés par les transferts du plan avaient été attribués, soit environ 78 % du volume d’investissement prévu par le mécanisme de relance et de résilience. Le maintien du rythme observé pourrait laisser près de 10 milliards d’euros sans réalisation effective.
La différence entre les fonds annoncés, les appels lancés, les montants attribués, les engagements pris, les dépenses exécutées et les sommes effectivement versées sera déterminante pour mesurer le résultat réel du programme. Un appel publié ne garantit pas que le projet a commencé, pas plus qu’une aide accordée ne signifie toujours que l’argent est déjà arrivé dans l’entreprise ou l’administration concernée.
Une dimension territoriale à documenter
Pour la Catalogne, l’Aragon, les Baléares et la Communauté valencienne, la fin du calendrier européen ouvre une période de vigilance particulière. Les dernières convocations concernent notamment la numérisation, la transition énergétique, la mobilité, l’eau, le logement et la modernisation des infrastructures, avec des effets directs sur les entreprises, les collectivités et le tissu industriel.
La répartition n’est pas homogène. L’étude de BBVA Research fait apparaître un certain effet redistributif, avec une intensité d’investissement plus forte dans plusieurs communautés aux revenus plus faibles, dont l’Aragon. La comparaison territoriale doit toutefois distinguer les montants attribués de la capacité réelle d’exécution et identifier les projets ayant déjà franchi les étapes administratives, techniques et financières.
Le risque après la fin du plan
Le problème ne s’arrêtera pas à la clôture administrative du mécanisme. La disparition de cet apport européen pourrait créer un vide dans l’investissement public et privé si aucun instrument alternatif ne prend le relais. BBVA Research estime que, sans ces fonds, l’investissement dans la construction non résidentielle serait inférieur d’environ 8 % à son niveau actuel.
Pour les PME, l’incertitude peut se traduire par une baisse des commandes, des retards de paiement ou une concentration des opportunités entre les mains des grands groupes. Ceux-ci représentent seulement 1,5 % des bénéficiaires, mais absorbent près d’un tiers des fonds attribués. Les PME et microentreprises représentent 28 % des bénéficiaires et reçoivent 27 % des ressources.
L’Espagne doit désormais achever cette dernière étape et démontrer non seulement qu’elle a demandé les fonds, mais aussi que les investissements ont atteint les territoires et pourront se poursuivre après la fin du financement européen.

