BRUXELLES — L’Espagne a mis sur la table une formule destinée à desserrer l’une des principales contraintes du prochain budget de l’Union européenne : le remboursement de la dette émise pour financer NextGenerationEU. Le gouvernement de Pedro Sánchez propose de modifier son calendrier d’amortissement afin de dégager environ 11 milliards d’euros par an entre 2028 et 2034, soit près de 70 milliards sur l’ensemble du prochain cadre financier pluriannuel.
Le projet, défendu par le ministre de l’Économie Carlos Cuerpo, intervient au moment où les Vingt-Sept commencent à négocier le niveau des dépenses européennes après 2027 et leur financement, alors que de nouvelles priorités doivent être prises en charge sans provoquer une forte hausse des contributions nationales. Le prochain budget devra en effet intégrer le service de la dette commune contractée pendant la pandémie.
Le poids de 24 milliards d’euros par an
NextGenerationEU a été financé par des émissions réalisées par la Commission européenne au nom de l’Union. La proposition espagnole ne supprime donc pas la dette et ne transfère pas son coût à un autre acteur : Madrid veut en modifier le profil de remboursement dans le temps.
Le schéma actuellement prévu conduirait à réserver environ 24 milliards d’euros par an au remboursement du principal et des intérêts. L’Espagne propose de remplacer cette charge fixe par un calendrier lié au poids de l’économie européenne, avec des remboursements moins importants au début puis progressivement plus élevés à mesure que le PIB de l’Union augmente.
L’effort financier serait ainsi en partie repoussé. La dette resterait une obligation européenne et devrait toujours être remboursée, mais le budget 2028-2034 disposerait de davantage de marge pendant ses premières années. Selon les calculs avancés par Madrid, cette capacité supplémentaire atteindrait environ 11 milliards d’euros par an.
Défense, compétitivité et énergie en concurrence pour les crédits
L’enjeu dépasse la mécanique budgétaire. L’Union doit simultanément financer davantage la défense et la sécurité, la compétitivité industrielle, la transition énergétique, l’innovation, la gestion migratoire et le soutien à l’Ukraine. Plus le remboursement de la dette absorbe de crédits, moins il reste de ressources pour ces politiques, sauf à augmenter les contributions des États membres.
La formule espagnole cherche donc une troisième voie : empêcher le remboursement de NextGenerationEU de comprimer immédiatement les autres dépenses sans annuler la dette ni créer, à ce stade, de nouvelles obligations mutualisées. Madrid défend parallèlement le développement de nouvelles ressources propres européennes et soutient depuis plusieurs mois de nouveaux instruments de financement commun.
Une négociation entre les Vingt-Sept
La proposition entre désormais dans une négociation complexe. Plusieurs gouvernements veulent contenir la taille du prochain cadre financier, tandis que d’autres estiment que les nouvelles responsabilités de l’Union exigent davantage de moyens. L’Espagne abordera également ce cycle budgétaire dans une situation différente des précédents, puisqu’elle se dirige vers un statut de contributeur net.
La question centrale sera donc de savoir qui paie et à quel moment. Réaménager la dette peut dégager des capacités entre 2028 et 2034, mais ne fait pas disparaître les remboursements : une partie serait reportée sur les exercices suivants. Madrid estime que cette marge permettrait de financer aujourd’hui des investissements susceptibles de renforcer la croissance européenne et de rembourser ensuite la dette sur une base économique plus large.

