Analyse | Le record des crédits immobiliers espagnols masque une dette toujours plus lourde

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BARCELONE — Le marché hypothécaire espagnol a retrouvé en juin un rythme inédit pour ce mois depuis seize ans. 45 907 prêts ont été accordés pour des logements, soit 10,8 % de plus qu’en juin 2025, selon l’Institut national de la statistique. Il s’agit du meilleur résultat pour un mois de juin depuis 2010, après le recul de 0,1 % enregistré en mai.

Cette progression intervient alors que l’accès au logement reste en crise. L’Espagne cumule une offre insuffisante, des prix élevés et une demande qui continue de rechercher un financement. La hausse des crédits ne constitue donc pas seulement un signe de reprise. Elle montre aussi que les ménages qui parviennent à acheter doivent assumer des emprunts plus importants et des engagements financiers plus longs.

Davantage de prêts et une dette moyenne plus élevée

Le montant moyen des crédits immobiliers a atteint 178 365 euros en juin, en hausse de 6 % sur un an et à son niveau le plus élevé depuis le début de la série. Le capital prêté a progressé de 17,5 %, dépassant 8,188 milliards d’euros. L’écart entre le nombre de prêts et le capital distribué confirme que les acquisitions financées portent sur des biens plus chers.

Le taux d’intérêt moyen s’est établi à 2,96 %, légèrement sous les 2,98 % de mai. Il reste inférieur à 3 % pour le dix-septième mois consécutif. Le taux fixe demeure majoritaire, avec 61,7 % des contrats, contre 38,3 % pour les prêts variables ou mixtes. La légère modération du coût du crédit facilite certaines décisions, sans compenser à elle seule la hausse des prix immobiliers.

Au premier semestre, 259 684 prêts ont été constitués pour des logements, soit 7 % de plus qu’à la même période de 2025 et le meilleur résultat semestriel depuis 2010. Le volume confirme l’existence d’une demande active, mais les statistiques ne comptabilisent que les ménages qui accèdent effectivement au marché, pas ceux qui en sont exclus faute d’épargne ou de revenus suffisants.

Une évolution très contrastée dans l’Eurorégion

Les écarts territoriaux sont importants. La Catalogne a enregistré en juin une progression annuelle de 14 %, au-dessus de la moyenne espagnole, tandis que l’Aragon a augmenté de 3,3 %. Dans la Communauté valencienne, la hausse a atteint 16,1 %. Les Baléares ont suivi la tendance inverse, avec un recul de 10,4 %, dans un marché marqué par les prix, la pression touristique et la rareté du foncier.

En Catalogne, la progression du crédit s’inscrit dans une forte tension à Barcelone et dans les principaux pôles urbains. La demande se reporte vers les communes métropolitaines et les villes moyennes, mais la hausse des prix et des mensualités limite l’accès des jeunes ménages. Un nombre plus important de prêts peut ainsi coexister avec une part croissante des revenus consacrée au logement.

L’Aragon affiche un rythme plus modéré, compatible avec un marché moins tendu que celui de la Catalogne, même si Saragosse concentre une grande partie de l’activité. Les salaires, l’offre neuve et la capacité d’épargne continuent de peser sur la demande. Aux Baléares, le recul des opérations peut refléter la barrière des prix et la concurrence de la demande touristique ou temporaire.

Le crédit ne règle pas la crise du logement

La reprise des prêts doit être mise en regard des prix de vente, des loyers, des salaires et de l’offre disponible. Si le crédit augmente en même temps que le montant moyen emprunté, une partie de la reprise peut reposer sur un endettement supérieur. L’acheteur obtient un financement, mais devient davantage exposé à une perte d’emploi, à une remontée des taux ou à une hausse des dépenses familiales.

Le choix du taux fixe réduit le risque de nouvelles hausses de mensualités pour la majorité des nouveaux contrats, mais ne supprime pas le problème de l’apport initial. Les banques maintiennent des critères de solvabilité et demandent une épargne couvrant les frais, les impôts et la partie non financée du prix. Le record statistique s’accompagne donc d’une sélection plus stricte des ménages.

Le chiffre de juin mesure une activité, pas une solution structurelle. Pour déterminer si le marché se normalise, il faudra suivre les montants moyens, les taux, les remboursements anticipés, les renégociations et l’offre réellement disponible. En Catalogne, en Aragon et aux Baléares, la question sera de savoir si le crédit élargit l’accès au logement ou s’il accompagne une nouvelle hausse des prix et de la dette.

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