Le 29 novembre ne stoppe pas la croissance espagnole mais complique la bataille pour la BCE

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BRUXELLES — Les élections anticipées convoquées par Pedro Sánchez pour le 29 novembre ouvrent près de deux mois d’incertitude politique en Espagne sans provoquer mécaniquement l’arrêt d’une économie qui continue de croître plus rapidement que la moyenne de la zone euro. Leur conséquence européenne pourrait être plus sensible sur un autre terrain : la bataille pour la présidence de la Banque centrale européenne, où l’Espagne cherche à positionner Pablo Hernández de Cos parmi les successeurs possibles de Christine Lagarde.

La dernière prévision de la Commission européenne table toujours sur une croissance espagnole de 2,4 % en 2026 puis de 1,9 % en 2027. La demande intérieure, l’emploi et l’investissement restent les principaux moteurs de l’activité. La convocation électorale ne modifie pas automatiquement ces fondamentaux. La première réaction des marchés ne traduit d’ailleurs pas de choc immédiat : l’IBEX 35 progressait d’environ 0,9 % lundi après l’annonce.

Le risque dépend davantage de la durée de l’incertitude après le scrutin. La dissolution des Cortes interrompt une grande partie du travail législatif et laisse en suspens plusieurs décisions budgétaires et réformes. L’Espagne n’a plus adopté de nouveau budget de l’État depuis 2023. Une formation de gouvernement particulièrement longue pourrait donc différer certaines décisions économiques ou des investissements dépendant du cadre réglementaire.

Le calendrier espagnol rencontre celui de la BCE

À Bruxelles et Francfort, cette séquence électorale intervient alors qu’une autre négociation a déjà commencé. Le mandat de Christine Lagarde à la tête de la BCE s’achève le 31 octobre 2027. Reuters place l’ancien gouverneur de la Banque d’Espagne Pablo Hernández de Cos parmi les noms envisagés pour lui succéder, avec notamment le Néerlandais Klaas Knot, et indique que Madrid travaille déjà à promouvoir sa candidature.

La présidence de la BCE ne résulte pas d’une candidature formelle comparable à une élection nationale. Les dirigeants de la zone euro négocient le choix en tenant compte des équilibres entre États, familles politiques, genres et grands postes européens. La nomination revient au Conseil européen, sur recommandation du Conseil et après consultation du Parlement européen et de la BCE.

Le 29 novembre ajoute donc une variable. Un gouvernement en affaires courantes conserve la capacité de défendre les intérêts espagnols dans l’Union, mais une campagne, une alternance éventuelle ou de longues négociations pour constituer une majorité peuvent réduire la continuité politique au moment où les capitales commencent à se positionner pour le renouvellement de la direction de la BCE.

L’Espagne dispose toutefois d’un candidat doté d’une forte expérience européenne et monétaire. Hernández de Cos, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne, dirige aujourd’hui la Banque des règlements internationaux. Reuters a également rapporté que l’Italie, qui ne présente actuellement aucun candidat, pourrait envisager de soutenir l’Espagnol après l’appui de Madrid à une candidature italienne dans une autre institution financière européenne.

La question n’est donc pas, à ce stade, de savoir si le scrutin va stopper la croissance espagnole : les données disponibles ne signalent pas un tel scénario. L’enjeu économique dépendra surtout de la durée de la transition et de ses effets sur les investissements, le budget et les réformes. Sur le terrain européen, le calendrier est plus serré : le gouvernement issu du 29 novembre devra rapidement reprendre sa place dans une bataille pour la BCE qui, elle, a déjà commencé.

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