MADRID — L’expulsion de Maricarmen Abascal, 87 ans, ouvre un nouveau front au sein de la coalition gouvernementale espagnole. Sumar demande au PSOE d’engager l’expropriation du logement du quartier du Retiro dont elle a été expulsée mercredi et exige que le nouveau décret-loi sur le logement soit présenté dès le prochain Conseil des ministres.
La proposition a été portée par le ministre des Droits sociaux, de la Consommation et de l’Agenda 2030, Pablo Bustinduy, qui demande d’utiliser les instruments disponibles afin que Maricarmen puisse récupérer le logement dans lequel elle vivait depuis 1956. Une telle initiative supposerait l’ouverture d’une procédure d’expropriation et ne signifie pas que le bien passerait automatiquement sous contrôle public.
Sumar accentue ainsi la pression sur son partenaire de gouvernement au lendemain de l’expulsion. Maricarmen a dû quitter son appartement de la rue Alcalde Sainz de Baranda après trois précédentes tentatives suspendues. La Police nationale avait déployé un dispositif permettant l’exécution de la décision et la femme avait quitté l’immeuble sur une civière, assistée par le Samur, tandis que plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées à l’extérieur.
Pression pour présenter le décret au Conseil des ministres
La deuxième demande de Sumar porte directement sur le calendrier législatif. La formation réclame que le décret-loi annoncé pour renforcer la protection des personnes vulnérables face aux expulsions soit adopté lors du prochain Conseil des ministres.
Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, avait déjà lié mercredi le cas de Maricarmen aux négociations sur ce nouveau texte. Depuis New York, il a appelé les groupes parlementaires à faire preuve de « hauteur de vue et de responsabilité » pour valider le décret lorsqu’il sera soumis au Congrès.
Sumar estime toutefois que l’exécutif doit agir auparavant. Bustinduy rappelle que l’accord de coalition prévoit des mesures sur le logement et demande que le texte soit adopté sans nouveau retard. La ministre de la Santé, Mónica García, a elle aussi réclamé son inscription au Conseil des ministres.
L’affaire Maricarmen prolonge la bataille du logement
Cette pression intervient après l’échec de précédentes mesures de protection à réunir durablement une majorité parlementaire. Le gouvernement doit donc à la fois s’entendre en interne sur le contenu du décret et obtenir ensuite sa validation par le Congrès.
L’expulsion est désormais devenue une affaire politique nationale. Maricarmen vivait depuis sept décennies dans ce logement sous un ancien régime locatif et le conflit sur la continuité du bail avait été porté devant les tribunaux. Les Nations unies avaient demandé à l’Espagne de suspendre l’expulsion ou de garantir une solution de relogement adéquate pendant l’examen du dossier.
La demande d’expropriation ouvre désormais une nouvelle dimension. Sumar cherche à transformer l’impact de l’expulsion en action concrète sur le logement tout en accélérant une réforme nationale qui concernerait d’autres foyers vulnérables. La suite dépendra de la position du PSOE et du cadre juridique retenu pour les mesures qui seront finalement intégrées au décret.

