Analyse | Peut-on encore construire là où l’eau peut tout emporter ?

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Foto: DGPC

BARCELONE — Chaque épisode de pluies intenses ramène la même question dans les territoires méditerranéens : peut-on encore construire dans les zones exposées aux inondations ? La réponse juridique diffère entre l’Espagne et la France, mais le problème est commun. Les littoraux urbanisés, les cours d’eau transformés, les campings et les infrastructures touristiques concentrent population et activité dans des espaces où l’eau peut progresser très rapidement.

L’Union européenne a fixé un cadre commun avec la directive sur les inondations. Les États doivent évaluer les risques, identifier les secteurs exposés, établir des cartes de danger et adopter des plans de gestion révisés par cycles de six ans. L’objectif n’est pas d’interdire toute activité dans les zones inondables, mais de réduire les dommages aux personnes, au patrimoine, à l’économie et à l’environnement.

Une carte des risques n’est pas un permis de construire

L’existence d’une cartographie ne rend pas automatiquement un terrain constructible. En Espagne, l’urbanisme et la protection civile doivent intégrer les risques fluviaux, pluviaux et littoraux. La Protection civile rappelle que les côtes méditerranéennes et les grands bassins fluviaux concentrent une part importante de l’exposition. La difficulté apparaît lorsque des quartiers, des zones d’activité ou des équipements touristiques ont été développés avant une délimitation correcte du risque.

En Catalogne, les épisodes récents sur la Costa Daurada ont montré la vulnérabilité des campings, des zones résidentielles et des réseaux de transport face aux pluies intenses. Un orage bref peut provoquer des ruissellements rapides, faire déborder des rieras et bloquer les accès. La question ne doit pas seulement être de savoir si un camping possède un protocole d’évacuation, mais aussi si son emplacement, sa densité et ses sorties permettent réellement de protéger des milliers de personnes en haute saison.

La prévention devient plus complexe lorsque se combinent crue fluviale, ruissellement urbain et submersion marine. Le béton réduit l’absorption des sols, les parkings occupent les points bas et les infrastructures peuvent agir comme des barrières ou des entonnoirs. La responsabilité ne relève donc pas uniquement du dernier promoteur. Elle concerne aussi les collectivités qui classent les terrains, délivrent les permis, entretiennent les cours d’eau et autorisent les extensions.

Une logique comparable en France

En Occitanie, les plans de prévention des risques d’inondation et les plans relatifs au littoral sont les principaux outils de maîtrise de l’urbanisation. Ils peuvent interdire les constructions nouvelles dans les secteurs les plus exposés et sont annexés aux documents d’urbanisme comme servitudes d’utilité publique. Selon la DREAL, environ 1,6 million de personnes sont exposées au risque d’inondation en Occitanie, qu’il s’agisse de crues, de ruissellements, de submersions marines ou de remontées de nappes.

Ces plans ne règlent pas les problèmes hérités. Perpignan, le littoral de l’Aude, Montpellier et d’autres secteurs d’Occitanie comptent des logements, des routes, des campings et des activités économiques situés dans des zones où l’évacuation peut être difficile. S’adapter ne consiste pas seulement à construire des digues. Il peut être nécessaire de retirer certains bâtiments, de libérer des zones d’expansion de l’eau, de surélever des installations, d’améliorer l’alerte ou d’accepter que certains terrains ne doivent plus être urbanisés.

Qui paie lorsque le risque était connu ?

Le point le plus sensible est financier. Après une inondation, les communes demandent des aides pour réparer les routes et les réseaux, les entreprises sollicitent des compensations et les habitants attendent des indemnisations. Mais lorsque le terrain était déjà identifié comme dangereux, reconstruire à l’identique peut reproduire le problème. L’aide publique doit permettre de relancer l’activité tout en réduisant la vulnérabilité future.

L’adaptation climatique suppose des décisions impopulaires : limiter les logements nouveaux, revoir des permis, déplacer des équipements ou imposer des travaux coûteux aux propriétaires et aux opérateurs touristiques. Elle nécessite aussi une coordination entre communes, régions, États et gestionnaires de l’eau. La directive européenne fournit un cadre, mais la décision se joue dans les plans locaux et dans la volonté de faire respecter les restrictions.

La question n’est pas de savoir si la Méditerranée doit cesser de construire, mais où, comment et pour qui. Les nouveaux projets ne peuvent être évalués uniquement à partir de leur rentabilité ou de la demande touristique. Ils doivent intégrer la vitesse de l’eau, les itinéraires d’évacuation, l’entretien des cours d’eau et les moyens des secours. Chaque nouvelle alerte rappelle que le coût de l’absence de planification augmente et que la responsabilité publique commence bien avant la première pluie.

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