MADRID — L’accord annoncé lundi entre le Parti populaire (PP) et Vox pour les élections espagnoles du 29 novembre modifie leur stratégie au Sénat, mais ne constitue ni une coalition gouvernementale ni une décision sur l’avenir de Pedro Sánchez à La Moncloa. Vox renoncera à présenter des candidats dans six provinces et n’alignera qu’un seul nom dans quatorze autres. Cette coordination vise à limiter la concurrence entre leurs électorats dans une chambre où les sièges sont attribués à des candidats individuels.
Au-delà des vingt provinces concernées, l’enjeu consiste à déterminer ce que cette méthode peut apporter au PP et dans quelle mesure elle pourrait peser sur l’équilibre politique national. Deux calculs doivent être distingués : celui du Sénat et celui du Congrès des députés.
Un accord adapté au mode de scrutin sénatorial
Dans les provinces de l’Espagne continentale, quatre sénateurs sont élus et chaque électeur peut sélectionner jusqu’à trois candidats. Le parti arrivé en tête obtient souvent trois sièges et le suivant un, sans que cette répartition soit systématique. Présenter moins de candidats peut ainsi concentrer les suffrages sur certains noms, à condition que les électeurs de Vox choisissent de soutenir ceux du PP.
Ce report ne peut être présumé. Les électeurs restent libres de panacher leurs choix, de s’abstenir ou de voter uniquement pour le candidat Vox encore en lice. L’accord ne crée pas non plus de liste commune nationale pour le Congrès. De leur côté, le PSOE et Frente Amplio ont envisagé des mécanismes de coordination au Sénat, ce qui souligne l’importance des arrangements locaux dans ce scrutin.
La survie du gouvernement se joue au Congrès
En Espagne, c’est au Congrès des députés que se décident l’investiture et le maintien du président du gouvernement. Le Sénat intervient dans la procédure législative et dans certaines nominations institutionnelles, mais ne peut, à lui seul, provoquer le remplacement du chef de l’exécutif. Une progression du PP dans cette chambre pourrait accroître son poids institutionnel sans entraîner automatiquement une alternance à La Moncloa.
La question décisive pour Sánchez reste donc la répartition des 350 sièges au Congrès et les alliances parlementaires possibles après le scrutin. Elle dépend des résultats du PSOE, du PP, de Vox, de Frente Amplio, de Podemos et des formations régionales et nationalistes.
Les sondages montrent des rapports de force, pas un verdict
La moyenne des enquêtes d’octobre publiée par Onda Cero attribue 31,9 % des intentions de vote au PP, 26,6 % au PSOE et 18,8 % à Vox. Ces chiffres décrivent une avance du PP dans cet ensemble d’enquêtes, sans constituer un résultat électoral. Un sondage Sigma Dos diffusé le 26 octobre mesure le PP à 30,6 %, le PSOE à 26,1 % et Vox à 19,9 %. Sa projection donne 196 députés au PP et à Vox réunis, au-dessus du seuil de 176 sièges correspondant à la majorité absolue. Cette projection demeure une estimation dépendante de la méthode de l’institut et de l’évolution de la campagne.
Ces mesures ne prouvent pas non plus que l’accord sénatorial aura un effet sur le vote au Congrès. Les bulletins, les règles de répartition des sièges et les enjeux politiques y sont différents. Une estimation de sièges ne garantit ni un résultat final ni la conclusion d’un accord d’investiture.
Coopérer dans les urnes sans fusionner les partis
Le pacte montre que le PP et Vox acceptent une coordination ponctuelle lorsque la dispersion de leurs voix peut affecter la représentation sénatoriale. Le PP peut espérer renforcer ses candidatures ; Vox accepte de réduire sa présence dans certaines provinces pour poursuivre un objectif commun. La portée politique de cette coopération après le scrutin reste toutefois indéterminée.
Pour Pedro Sánchez, la nouveauté n’est donc pas une conséquence gouvernementale immédiate du Sénat, mais une modification de la stratégie électorale de ses adversaires. Son maintien à la tête du gouvernement dépendra des sièges obtenus au Congrès et des majorités susceptibles de s’y constituer après le 29 novembre.

