BARCELONE — Les prix des carburants pourraient commencer à profiter de la récente détente du pétrole, mais une baisse rapide et généralisée de l’essence et surtout du diesel dans les stations-service européennes n’est pas encore garantie. Le Brent est repassé sous les 100 dollars après avoir franchi ce seuil pendant la crise au Moyen-Orient, aidé par la reprise partielle des flux pétroliers saoudiens.
L’Arabie saoudite a remis en service son oléoduc Est-Ouest, qui permet d’acheminer du brut des champs pétroliers de l’est jusqu’à Yanbu, sur la mer Rouge, en contournant le détroit d’Ormuz. Son interruption avait réduit l’une des principales voies alternatives d’exportation du Golfe. Avant l’attaque, Riyad avait détourné environ quatre millions de barils par jour par cette infrastructure. Sa remise en service a fait reculer le Brent de plus de deux dollars mardi.
La baisse du pétrole ne suffit pas pour faire reculer le diesel
Pour les automobilistes européens, la principale difficulté concerne désormais le gazole. Les contrats à terme européens sur le diesel ont atteint des records et ont plus que doublé depuis le début de 2026. Les guerres en Iran et en Ukraine ont réduit les exportations de plusieurs grands producteurs, alors que les capacités disponibles des raffineries sont déjà fortement sollicitées.
Une baisse du Brent ne se transmet donc ni automatiquement ni immédiatement à la pompe. Le prix final dépend également du raffinage, des stocks, du transport, du taux de change euro-dollar, des marges et de la fiscalité. L’essence pourrait réagir plus rapidement si le brut poursuit sa détente, tandis que le diesel reste confronté à un marché physique nettement plus tendu.
La France va envoyer des militaires pour protéger Yanbu
Emmanuel Macron a annoncé jeudi l’envoi de soldats, de radars et de systèmes de défense français pour protéger le site énergétique de Yanbu. Paris entend sécuriser une infrastructure stratégique pour les exportations saoudiennes sans engager, selon le président français, les militaires dans des opérations de combat. La France cherche parallèlement à favoriser diplomatiquement une normalisation de la circulation par Ormuz.
Cette protection peut réduire le risque d’une nouvelle interruption à Yanbu et donc une partie de la prime géopolitique intégrée aux cours du pétrole. Son effet sur les stations-service dépendra cependant d’un facteur plus large : l’augmentation durable des flux de brut et de produits raffinés.
Pour que les automobilistes européens constatent une baisse significative dans les prochains jours, la détente devra donc se maintenir sur les marchés de gros. Pour le diesel, la pénurie mondiale reste le principal obstacle. La pression sur les carburants pourrait avoir passé son pic si l’offre continue de se rétablir, mais il est encore trop tôt pour considérer qu’une baisse durable est engagée à la pompe.

