Le Brent frôle les 100 dollars : l’Espagne maintient son bouclier tandis que la France cible ses aides

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Foto: Ingrid Gonzalez

BARCELONE — Le pétrole revient aux portes des 100 dollars le baril et ravive la pression sur les coûts énergétiques européens. Le Brent a approché 99,45 dollars mardi en séance, tout en restant finalement sous ce seuil. Cette tension intervient alors que les flux énergétiques dans le détroit d’Ormuz restent fortement perturbés et que le marché physique présente des signes de pénurie plus marqués que les cotations financières.

Les flux de brut des producteurs du Moyen-Orient tournent actuellement autour de 11 millions de barils par jour, contre environ 18 millions avant la guerre avec l’Iran. À Ormuz, où transitait avant le conflit environ un cinquième du pétrole mondial, les mouvements ont fortement diminué. Lundi, seulement sept navires transportant des matières premières ont franchi le détroit, selon les données de Kpler citées par Reuters.

Deux réponses différentes à la pression énergétique

Ce nouvel épisode remet en évidence les stratégies différentes adoptées par l’Espagne et la France pour amortir le choc sur les travailleurs et les secteurs productifs. Madrid maintient en septembre une réduction temporaire de cinq centimes par litre de la fiscalité sur l’essence et le gazole, après des baisses plus importantes en juillet et août. Le mécanisme comporte également une clause automatique permettant de porter la réduction à 20 centimes si l’inflation annuelle des carburants dépasse 15 %.

Le dispositif espagnol conserve par ailleurs des aides directes aux transporteurs professionnels, à l’agriculture et à la pêche, ainsi que des mesures spécifiques pour l’industrie électro-intensive. L’objectif est d’empêcher que la hausse du pétrole ne se répercute intégralement sur les coûts de production et de mobilité.

La France a retenu une protection plus ciblée. Il ne s’agit pas d’une absence totale de mesures : le gouvernement a mis en place une indemnité de 100 euros destinée à près de trois millions de travailleurs modestes considérés comme « grands rouleurs », à condition d’utiliser leur véhicule personnel pour des déplacements professionnels et de respecter des critères de revenus et de kilométrage. Selon Bercy, cette somme équivaut à environ 20 centimes par litre sur la consommation moyenne de six mois.

La Méditerranée face à un nouveau choc de coûts

La différence porte donc sur l’architecture de la réponse : l’Espagne intervient également sur la fiscalité générale des carburants et sur plusieurs secteurs productifs, tandis que la France concentre une partie de sa protection sur les travailleurs éligibles. Pour les économies méditerranéennes, l’enjeu dépasse désormais le prix affiché à la pompe. Transport routier, aérien, pêche, industrie et logistique portuaire subissent simultanément la hausse du carburant, des assurances et du fret maritime.

Le risque changerait encore d’échelle si le Brent franchissait durablement les 100 dollars ou si les flux d’Ormuz subissaient une nouvelle contraction. Certains indicateurs du marché physique évoluent déjà au-dessus de ce niveau : Reuters situait lundi les contrats sur le brut d’Oman à 104,54 dollars et le Dubai au comptant à 105,10 dollars.

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