BARCELONE — Le modèle social qui a accompagné pendant des années l’expansion de Glovo continue de coûter cher à la plateforme en Espagne. Les sanctions et cotisations sociales réclamées en raison de livreurs considérés comme de faux travailleurs indépendants atteignent désormais 528 millions d’euros, selon les données rapportées par El Economista. Une ardoise qui résume plusieurs années de confrontation avec l’Inspection du travail et la Sécurité sociale.
L’essentiel de la somme correspond à des cotisations que l’administration estime que Glovo aurait dû verser pour des livreurs officiellement déclarés comme indépendants, mais dont les conditions de travail relevaient selon elle du salariat. Des amendes liées au même système viennent compléter cette facture.
Des années de contentieux social
Le différend porte sur le véritable statut des coursiers. En 2020, le Tribunal suprême espagnol avait reconnu l’existence d’une relation de travail entre Glovo et l’un de ses riders. Cette jurisprudence a ensuite été confortée par la « loi Riders » adoptée en 2021. La plateforme avait néanmoins continué pendant plusieurs années à travailler avec des indépendants, en modifiant son fonctionnement et en défendant la conformité du nouveau dispositif avec la législation.
Les inspections ont continué à contester cette organisation. L’accumulation des procédures explique désormais l’ampleur du passif, particulièrement significatif pour une entreprise intégrée depuis 2022 au groupe allemand Delivery Hero.
Le changement de modèle n’efface pas le passé
Glovo a finalement changé de stratégie fin 2024 en annonçant l’abandon des livreurs indépendants en Espagne au profit d’un modèle salarié. Ce virage a profondément modifié l’organisation sur laquelle l’entreprise avait construit son développement dans le pays, sans pour autant effacer les obligations liées aux années précédentes.
La plateforme doit donc absorber les conséquences financières des dossiers accumulés tout en supportant les coûts de son nouveau modèle social. Au-delà de Glovo, l’affaire constitue un avertissement pour l’économie des plateformes : un statut de travailleur contesté pendant plusieurs années peut finir par transformer l’avantage économique recherché initialement en passif de plusieurs centaines de millions d’euros.

