L’exécution incomplète des NGEU menace l’investissement après le plan européen

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MADRID — Les fonds européens Next Generation EU ont modifié la répartition de l’investissement en Espagne, mais ils font aussi apparaître une incertitude : que se passera-t-il lorsque l’impulsion financière du plan prendra fin ? Une étude de BBVA Research met en garde contre une exécution incomplète et inégale des ressources, susceptible de laisser des projets inachevés et d’entraîner un recul de l’investissement public et privé.

Le problème ne tient pas seulement aux montants annoncés. La différence entre un appel à projets publié, une aide attribuée et un projet effectivement exécuté détermine l’arrivée des fonds dans l’économie réelle. Pour les petites et moyennes entreprises, cet écart conditionne les commandes, les recrutements, les achats de machines et les décisions d’expansion.

Entre l’annonce et le chantier achevé

Les fonds NGEU passent par des subventions, des appels d’offres, des prêts et des programmes gérés par l’État et les communautés autonomes. Chaque étape possède ses propres délais et exigences. Un projet peut être présenté comme approuvé sans que l’entreprise ait encore reçu l’argent ni commencé les travaux.

Cette différence est déterminante dans les infrastructures, la numérisation, l’énergie et la rénovation. Lorsque l’exécution prend du retard, les entreprises fournisseurs perdent en visibilité et les territoires ne consolident pas l’activité attendue. Le risque augmente lorsque les appels sont concentrés en fin de période et imposent des calendriers trop serrés.

Une répartition territoriale inégale

La comparaison entre la Catalogne, l’Aragon, les Baléares et la Communauté valencienne doit être menée avec prudence. Il ne suffit pas d’additionner les montants attribués à chaque territoire. Il faut savoir quelle part correspond aux appels ouverts, quelle part a été attribuée et quelle dépense a été certifiée ou payée.

La Catalogne concentre une grande partie de l’activité industrielle, technologique et logistique et peut bénéficier des programmes liés à la transition énergétique et au numérique. L’Aragon associe industrie, agroalimentaire, énergie et grands projets logistiques. Les Baléares ont des besoins spécifiques dans le tourisme durable, l’eau, la mobilité et le logement. Dans la Communauté valencienne, l’industrie, les ports, l’automobile et l’énergie se disputent les ressources et les capacités administratives.

Les écarts ne dépendent pas uniquement des choix politiques. Ils tiennent aussi à la taille des entreprises, aux moyens techniques des communes, à la disponibilité du foncier et à la rapidité de préparation des projets. Les PME peuvent être désavantagées lorsqu’elles ne disposent pas de personnel spécialisé pour déposer les dossiers et justifier les investissements.

Le risque après 2026

La fin du plan européen peut créer un effet de creux. Lorsque certaines lignes de financement exceptionnelles disparaîtront, l’investissement pourrait ralentir si les budgets nationaux et régionaux ne prennent pas le relais des projets qui nécessitent encore une continuité.

La question concerne aussi les fournisseurs. Une entreprise qui embauche ou achète des équipements pour répondre à un appel d’offres doit savoir si de nouveaux contrats suivront lorsque le programme sera épuisé. Sans visibilité, le soutien européen peut produire une activité temporaire sans transformer durablement le tissu productif.

Ce qu’il faut mesurer maintenant

Le débat impose de publier des données comparables par territoire et par phase d’exécution. Il faut connaître les montants engagés, les sommes payées, le nombre de bénéficiaires, les délais réels et les résultats obtenus. Il convient également de distinguer les fonds qui financent des dépenses courantes de ceux qui créent une capacité productive.

Les NGEU ont accéléré des investissements qui auraient parfois attendu plusieurs années. Mais leur succès ne se mesurera pas au volume annoncé, plutôt aux travaux achevés, aux entreprises modernisées et aux emplois qui subsisteront après la fin des fonds européens. La transition entre le plan et les financements ordinaires sera le véritable test pour l’Espagne et ses territoires.

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