PARIS — Pernod Ricard réduit ses ambitions pour son nouvel exercice après une nouvelle baisse de ses ventes, dans un contexte marqué par la faiblesse de la consommation aux États-Unis et en Chine et par une reprise encore fragile sur plusieurs marchés européens. Le groupe français a publié jeudi ses résultats annuels et prévenu que sa croissance devrait désormais se situer près du bas de la fourchette communiquée précédemment.
Le chiffre d’affaires atteint 9,404 milliards d’euros, en recul organique de 3,9 %. Cette mesure neutralise principalement l’effet des variations de change et des changements de périmètre. Elle ne doit pas être confondue avec la baisse de 14,2 % enregistrée en données publiées, qui intègre notamment l’impact des devises et d’autres éléments comptables sur le chiffre communiqué par le groupe.
Les États-Unis et la Chine concentrent la pression
L’évolution géographique explique une large partie de la dégradation. Les ventes ont reculé de 14 % aux États-Unis et de 19 % en Chine, deux marchés essentiels pour les marques internationales de Pernod Ricard. En Europe, la baisse atteint 3 %, avec un recul également signalé en Espagne. Le groupe fait ainsi face à une combinaison de demande moins dynamique, d’ajustements de stocks et d’un environnement plus difficile pour les spiritueux premium.
Le bénéfice opérationnel courant diminue de 5,2 % en organique. Le bénéfice net s’établit à 1,203 milliard d’euros, en baisse de 26 % sur un an. L’écart entre l’évolution du chiffre d’affaires et celle du résultat traduit la pression sur les marges, à laquelle s’ajoutent les effets financiers et exceptionnels intégrés aux comptes.
Une prévision revue à la baisse
Dans ce contexte, Pernod Ricard maintient sa volonté de protéger ses marques, de maîtriser ses coûts et d’adapter ses investissements, mais ne présente plus le haut de sa prévision comme un scénario probable. Le groupe vise désormais une évolution proche de la limite basse de son objectif de croissance organique, auparavant compris entre 3 % et 6 %.
Cette révision ne constitue pas un abandon de la stratégie, mais elle confirme que le nouvel exercice commence avec une marge de manœuvre réduite. La direction devra démontrer que l’ajustement des stocks en Chine et la normalisation de la consommation américaine peuvent ouvrir la voie à une reprise. Elle devra aussi préserver les investissements commerciaux nécessaires à ses grandes marques sans accentuer la pression sur la rentabilité.
Des conséquences jusqu’en Espagne
Le recul enregistré en Espagne inscrit le marché dans la tendance européenne et peut affecter l’ensemble de la chaîne de distribution : importateurs, grossistes, établissements de l’hôtellerie-restauration et fournisseurs liés à la commercialisation des boissons. L’impact territorial dépendra de la durée du ralentissement de la consommation et des décisions prises par le groupe en matière de promotions, d’emploi, d’investissement et d’efficacité opérationnelle.
La réaction du marché constituera l’un des premiers indicateurs de la confiance des investisseurs dans la capacité de Pernod Ricard à renouer avec la croissance. Le titre était sous pression jeudi matin à Paris, mais son évolution intrajournalière peut encore varier au cours de la séance. L’attention se porte désormais sur les explications de la direction et sur ses priorités pour le nouvel exercice.

