BARCELONE — L’Espagne négocie dans l’urgence un nouveau décret sur le logement tandis qu’une question prend de l’ampleur dans l’Union européenne : après l’énergie et les carburants, le logement sera-t-il le prochain grand problème économique et social auquel l’Europe devra apporter une réponse coordonnée ? Le cas espagnol concentre plusieurs tensions observées dans d’autres États membres : loyers élevés, offre insuffisante dans les grandes villes, essor des locations touristiques et difficultés croissantes des jeunes générations pour se loger.
Le gouvernement de Pedro Sánchez tente de finaliser un ensemble de mesures comprenant la prolongation de certains baux jusqu’en 2028, un encadrement accru des locations temporaires et à la chambre, des incitations fiscales en faveur d’une baisse des loyers et une fiscalité plus lourde sur les hébergements touristiques. La protection des ménages vulnérables contre les expulsions reste au cœur d’une négociation politique encore ouverte.
Le logement n’est plus seulement une question nationale
L’Espagne est loin d’être une exception. Selon Eurostat, entre 2010 et le premier trimestre 2025, les prix d’achat des logements ont progressé de 57,9% dans l’Union européenne et les loyers de 27,8%. Sur cette période, les prix immobiliers ont augmenté plus rapidement que les loyers dans 21 des 26 pays pour lesquels les données sont disponibles.
La Commission européenne a elle-même reconnu ce changement d’échelle. Ursula von der Leyen a placé le logement parmi les priorités de son second mandat et l’Union dispose pour la première fois d’un commissaire chargé spécifiquement de ce dossier. Bruxelles travaille également à un Plan européen pour le logement abordable. Les principaux leviers — urbanisme, fiscalité, réglementation locative et construction — restent toutefois largement nationaux, régionaux ou municipaux.
La tension est particulièrement forte dans les grandes métropoles et les territoires touristiques. Barcelone, Madrid, Paris, Lisbonne, Dublin ou Amsterdam connaissent, à des degrés différents, une combinaison de pénurie d’offre, croissance démographique, investissement et pression touristique. Euronews a également documenté le poids croissant du logement dans le budget de nombreux ménages européens.
Après l’énergie, une nouvelle épreuve pour le pouvoir d’achat
La comparaison avec la crise énergétique a ses limites. La flambée des carburants et de l’électricité pouvait être combattue par la fiscalité, des aides temporaires, les réserves et une politique énergétique commune. Le logement dépend de cycles de construction beaucoup plus longs et de marchés profondément locaux. Créer une nouvelle offre suppose du foncier, des permis, des investissements et des infrastructures pendant plusieurs années.
Les deux crises ont néanmoins un effet économique et politique commun : elles réduisent le revenu disponible. Lorsque le loyer ou le crédit immobilier absorbe une part croissante du salaire, les ménages disposent de moins de ressources pour consommer, épargner ou se déplacer vers les bassins d’emploi.
L’Espagne peut dès lors devenir un cas d’étude européen, non parce que ses solutions seraient directement transposables, mais parce qu’elle tente de combiner encadrement, incitations fiscales, protection sociale et augmentation de l’offre dans un même dispositif.
Pour Bruxelles, la question sera de déterminer jusqu’où agir sans empiéter sur les compétences nationales. La crise du logement dépasse désormais le seul marché immobilier : elle touche la mobilité professionnelle, la compétitivité des villes, la démographie et le pouvoir d’achat. À ce titre, elle devient de plus en plus un enjeu européen.

