MADRID — Le renseignement militaire espagnol n’a pas identifié d’éléments permettant d’attribuer au Maroc l’organisation des entrées massives survenues à Ceuta fin juillet, mais il a décrit une attitude marocaine marquée par la « négligence » et la « passivité ». Les rapports élaborés pendant la crise ont également envisagé que Rabat puisse chercher à exploiter politiquement la situation.
Ces documents de renseignement, désormais connus dans le cadre des investigations sur les événements des 30 et 31 juillet, apportent une nuance importante au débat sur la responsabilité marocaine. Ils n’établissent pas que les autorités du pays voisin aient délibérément provoqué l’arrivée de milliers de personnes à la frontière espagnole, mais ils ne décrivent pas non plus une coopération pleinement efficace pendant les premières heures.

Selon les informations publiées par Europa Press, les analystes militaires ont envisagé plusieurs scénarios. L’un d’eux considérait que le Maroc pouvait tenter d’utiliser la pression migratoire pour obtenir un avantage politique dans ses relations avec l’Espagne. Le renseignement soulignait cependant l’absence d’éléments suffisants permettant de conclure à une crise délibérément provoquée par Rabat.
Entre coopération et interrogations
Cette appréciation contraste avec la défense de la coopération marocaine par le gouvernement espagnol. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, souligne que la collaboration avec Rabat a permis à plus de 90 % des personnes entrées à Ceuta de retourner au Maroc au cours des premières 24 heures.
Les deux constats ne sont pas nécessairement contradictoires. Les renseignements décrivent notamment l’attitude observée au déclenchement de la crise, tandis que l’exécutif insiste sur la coopération intervenue ensuite pour en gérer les conséquences.
La question possède désormais une dimension judiciaire. L’Audience nationale enquête sur ces entrées massives et l’État espagnol s’est constitué partie civile, considérant que les faits pourraient avoir porté préjudice non seulement à Ceuta et à ses habitants, mais également au Royaume d’Espagne.
Les documents militaires renforcent ainsi la zone grise qui se trouve au cœur du dossier : déterminer si le Maroc a perdu le contrôle de la situation, fait preuve d’une diligence insuffisante ou temporairement toléré une pression frontalière susceptible d’être utilisée dans sa relation avec Madrid. Aucun de ces scénarios ne permet, à ce stade, d’attribuer judiciairement à Rabat la responsabilité de la crise.

