PARIS — Les élèves français de 15 ans décrochent encore. Publiés mardi par l’OCDE, les résultats de PISA 2025 placent la France à ses niveaux les plus faibles depuis le lancement de l’enquête pour la compréhension de l’écrit et les mathématiques. De quoi faire surgir une question volontairement provocatrice : les jeunes Français deviennent-ils de plus en plus « bêtes » ? Les données ne permettent pas de l’affirmer. PISA ne mesure pas l’intelligence, mais la capacité des adolescents à mobiliser leurs connaissances et leurs compétences face à des situations concrètes.
En mathématiques, la France tombe à 458 points, soit 16 de moins qu’en 2022 et près de 30 points perdus depuis 2018. En sciences, elle atteint 483 points et reste proche de la moyenne de l’OCDE. Plus d’un tiers des adolescents français figurent désormais parmi les élèves en difficulté en mathématiques, tandis que seuls 4 % atteignent les niveaux les plus élevés. L’origine sociale continue par ailleurs de peser très lourd, avec des écarts supérieurs à 90 points.
La France n’est pas une exception européenne
Le décrochage dépasse largement l’Hexagone. L’OCDE observe une baisse des performances dans de nombreux pays développés, particulièrement en lecture. Parmi les facteurs avancés figurent les séquelles de la crise sanitaire, l’exposition aux écrans et aux réseaux sociaux, les distractions numériques, le recul de la lecture et une implication parentale moins forte. Malgré son recul, la France demeure globalement dans la moyenne de l’OCDE.
L’Espagne ne fait d’ailleurs pas mieux. PISA 2025 y enregistre les résultats les plus faibles de son histoire : 457 points en mathématiques, 451 en lecture et 477 en sciences. La comparaison montre donc moins un décrochage spécifiquement français qu’une fragilisation des apprentissages qui traverse une partie de l’Europe.
Dans l’Eurorégion, des trajectoires très contrastées
Le constat est également visible sur l’arc méditerranéen. L’Aragon atteint 462 points en mathématiques et 482 en sciences, au-dessus de la moyenne espagnole. Les Baléares reculent à 446 points en mathématiques, 441 en lecture et 471 en sciences. La Communauté valencienne connaît l’une des chutes les plus sévères : 435 points en mathématiques, 424 en lecture et 450 en sciences.
La Catalogne doit être traitée séparément. Ses résultats 2025 ne permettent pas une comparaison internationale fiable : 23,2 % des élèves ont été exclus de l’échantillon, très au-delà du seuil admis par l’OCDE. Côté français, PISA ne publie pas de résultats régionaux équivalents permettant d’isoler l’Occitanie.
Parler d’une génération devenue moins intelligente serait donc trompeur. Ce que mesure PISA est néanmoins préoccupant : davantage d’adolescents arrivent à 15 ans avec des difficultés à comprendre des textes complexes, raisonner en mathématiques ou mobiliser leurs connaissances. La question n’est pas celle de leur intelligence, mais de la capacité des systèmes éducatifs européens à maintenir les apprentissages fondamentaux dans un environnement profondément transformé par le numérique.

