Le marché pétrolier du Moyen-Orient vient d’envoyer son premier signal d’excédent d’offre depuis juillet. Le brut de référence de Dubaï est passé en situation de contango, lorsque les contrats à échéance rapprochée se négocient à un prix inférieur à ceux livrables plus tard. Ce retournement intervient après une chute de plus de 7 % du Brent lundi, même si les cours à terme rebondissaient mardi 3 novembre dans un contexte de nouvelles attaques dans le détroit d’Ormuz et d’incertitude politique aux États-Unis.
Le contango ne prouve pas à lui seul l’existence d’un surplus durable, mais il traduit une demande moins forte pour les livraisons immédiates. Selon des opérateurs cités par Bloomberg, le contrat de novembre sur le brut de Dubaï affichait une décote d’environ deux dollars par baril par rapport à celui de décembre.
Les exportations du Golfe progressent, celles de l’Iran restent limitées
Les expéditions cumulées de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Irak et du Koweït ont progressé d’environ 10 % le mois dernier, dépassant 15 millions de barils par jour, d’après des données compilées par Bloomberg. Les exportations iraniennes demeurent, en revanche, presque à l’arrêt.
La reprise des approvisionnements diffère de l’épisode observé fin juin. June Goh, analyste chez Sparta Commodities, rappelle qu’un important volume de pétrole stocké à bord de pétroliers avait alors été libéré sur le marché. Cette fois, la progression des flux apparaît plus graduelle.
D’autres transactions sur le marché physique suggèrent une demande immédiate moins soutenue. Les cargaisons partielles de brut de Dubaï ont été échangées près de leur référence financière, sans leur prime habituelle. Une cargaison de pétrole de mer du Nord aurait également été proposée avec une décote par rapport au Brent sans trouver d’acheteur, selon des informations attribuées à Bloomberg.
La perspective d’une reprise des discussions entre les États-Unis et l’Iran a contribué à réduire la prime de risque géopolitique sur les cours. Les nouveaux incidents dans le détroit d’Ormuz entretiennent toutefois la volatilité et empêchent de conclure à une baisse durable.
Les perspectives pour 2027 et les conséquences sur l’inflation
Bank of America envisage, parmi ses scénarios pour le premier semestre 2027, un recul du pétrole si un apaisement géopolitique permet d’accroître l’offre. Il s’agit d’une projection conditionnelle et non d’une évolution acquise.
La banque associe ce scénario à une éventuelle fin du cycle de hausse des taux d’intérêt. Selon les données reprises dans son analyse, le pétrole a progressé de 79,1 % depuis le début de 2026, ce qui donne une importance particulière à tout retournement des cours.
En Espagne et dans l’arc méditerranéen européen, une baisse prolongée du brut pourrait réduire les coûts du transport, de la logistique et de l’industrie. Sa répercussion sur les carburants et les prix à la consommation dépendrait néanmoins des marges, de la fiscalité et des taux de change.
Les prochaines séances permettront de déterminer si la décote du pétrole livrable immédiatement se maintient et s’accompagne d’une hausse des stocks, ou si les tensions à Ormuz limitent de nouveau les flux et poussent les cours à la hausse.

