Feijóo redéfinit ses lignes rouges face à Vox et relance le débat sur un futur gouvernement espagnol

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MADRID — À un peu plus d’un mois des élections générales espagnoles du 29 novembre, Alberto Núñez Feijóo ne présente plus la relation avec Vox comme une éventualité à éviter. Le président du Parti populaire (PP) envisage désormais explicitement de gouverner avec la formation de Santiago Abascal si la composition du Congrès l’exige. Ce changement de discours s’accompagne d’un acte politique concret : l’accord entre les deux partis pour coordonner leurs candidatures au Sénat.

Dans un article d’analyse, le HuffPost espagnol décrit cette évolution comme une série de renoncements du chef du PP sous la pression de Vox. Cette lecture doit être distinguée des faits établis : les accords et les déclarations publiques attestent un changement de stratégie, mais ne suffisent pas à prouver que chacune des décisions de Feijóo résulte d’une exigence imposée par Abascal.

Du gouvernement sans Vox à une coalition envisageable

À son arrivée à la tête du PP, Feijóo défendait une image de modération et souhaitait disposer d’une majorité lui permettant de gouverner sans dépendre de Vox. Interrogé le 23 octobre sur la Cadena SER, il n’a toutefois pas exclu de partager le pouvoir avec ce parti si ses sièges étaient nécessaires pour obtenir une majorité parlementaire. Il a placé le départ de Pedro Sánchez de la Moncloa au premier rang de ses objectifs politiques.

Cette évolution concerne également son ancien principe selon lequel la liste arrivée en tête devrait gouverner, qu’il avait défendu pendant la campagne de 2023. Feijóo ne présente plus cette condition comme un obstacle absolu à une investiture soutenue par d’autres formations. Le cadre constitutionnel, lui, reste inchangé : le chef du gouvernement espagnol doit obtenir la confiance du Congrès.

Un accord électoral inédit pour le Sénat

Le PP et Vox ont décidé de coordonner leurs candidatures dans 31 circonscriptions afin d’améliorer leurs résultats à la chambre haute. Le PP ne présentera pas de candidats à Gipuzkoa, Gérone et Tarragone. Vox renonce pour sa part à ses candidatures propres dans six provinces : Cadix, Valence, Castellón, Las Palmas, Santa Cruz de Tenerife et les Baléares. Des personnalités proposées par Vox figurent comme indépendantes sur certaines listes populaires.

Le 27 octobre, Feijóo a défendu un accord tactique, affirmant que le PP ne pouvait pas espérer obtenir de sièges dans plusieurs des territoires concernés et que les deux partis conservaient leur autonomie. Les populaires présentent également cet arrangement comme une réponse à la coordination électorale des partis de gauche. Il ne s’agit donc ni d’une fusion des formations ni d’un accord gouvernemental formalisé.

Égalité, mémoire démocratique et programme social

Ce rapprochement soulève des interrogations sur le contenu d’un éventuel programme commun. Feijóo a annoncé qu’il ne conserverait pas le ministère de l’Égalité comme département autonome et a évoqué une révision de certains aspects des règles relatives à l’euthanasie et à l’avortement des mineures sans information préalable des parents. Ces propositions sont publiques, mais elles ne constituent pas un programme de coalition déjà négocié.

Le HuffPost évoque aussi de possibles convergences sur la mémoire démocratique, les politiques culturelles ou les critères de priorité nationale. Une distinction s’impose toutefois entre les propositions propres à Vox, les accords régionaux déjà conclus et les engagements formels du candidat populaire. Toutes les demandes d’un partenaire potentiel ne deviennent pas automatiquement des mesures adoptées par le PP.

Une identité politique à préserver, une majorité à construire

Le PP doit concilier la volonté de conserver une identité de centre droit distincte de celle de Vox et la possibilité de dépendre de ses élus pour gouverner. Les coalitions régionales et l’accord sénatorial montrent que les deux partis savent négocier, sans préjuger de la composition ni du programme d’un futur exécutif national.

L’enjeu du scrutin du 29 novembre dépassera donc le seul nombre de sièges remportés. Il portera aussi sur les engagements que PP et Vox seraient disposés à prendre pour former une majorité et sur les divergences qu’ils maintiendraient après les élections. D’ici là, la notion de renoncement demeure une interprétation politique à confronter, point par point, aux décisions effectivement prises.

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