PERPIGNAN — À partir de ce samedi 29 août, Perpignan redevient pour quinze jours l’un des centres mondiaux du photojournalisme. Visa pour l’Image ouvre sa 38e édition avec 27 expositions gratuites, six grandes soirées de projection et une question devenue brûlante à l’heure de l’intelligence artificielle : peut-on encore croire ce que l’on voit ?
Perpignan passe à l’heure de Visa. Dès ce samedi matin, les portes du couvent des Minimes, de l’église des Dominicains, de l’Ancienne Université ou encore de l’Hôtel Pams s’ouvrent sur les guerres, les crises et les bouleversements qui ont marqué les douze derniers mois.
Visa pour l’Image revient du 29 août au 13 septembre pour une 38e édition qui rassemble 27 expositions, accessibles gratuitement tous les jours de 10 h à 20 h. Pendant deux semaines, les monuments du centre historique deviennent les salles d’exposition d’un festival qui fait de Perpignan un rendez-vous international des photographes, agences et grands médias. La semaine professionnelle se déroulera, elle, du 31 août au 5 septembre.
Raymond Depardon exposé pour la première fois à Visa
C’est l’un des événements de cette édition. Il aura fallu attendre 38 ans pour que Raymond Depardon entre à Visa pour l’Image avec une exposition qui lui soit consacrée.
Cofondateur de l’agence Gamma, photographe, reporter et cinéaste, il sera présenté à l’église des Dominicains à travers une sélection inédite de ses images et de ses grands reportages. Un parcours dans plusieurs décennies d’actualité nationale et internationale, à travers le regard de l’une des figures majeures de la photographie française.
Mais Visa reste d’abord et surtout une photographie de l’état du monde. Et celle de 2026 est particulièrement brutale. Le Donbass et une génération marquée par la guerre, le Soudan pris au piège du conflit, l’Iran, le Liban, la Syrie, les civils de Gaza ou encore Kostiantynivka, ville ukrainienne plongée dans une « zone de mort », occupent une large place dans la programmation. Douze des expositions sont classées par le festival dans la catégorie guerres et conflits.
D’autres racontent des crises moins visibles : des fillettes afghanes vendues pour permettre à leur famille de survivre aux sécheresses, les ravages du « kush » en Sierra Leone, l’exil des mineurs guinéens ou encore les routes mondiales de la cocaïne. Quarante ans après la catastrophe nucléaire, Gerd Ludwig retourne pour sa part à Tchernobyl.
Des requins de Laurent Ballesta aux mariages virtuels japonais
Le festival ne se limite pourtant pas aux champs de bataille. Le biologiste et photographe français Laurent Ballesta plonge cette année le visiteur sous la surface des océans avec Loin du ciel. Jérôme Gence explore un phénomène d’une tout autre nature, celui des mariages virtuels au Japon, tandis que Michael Yamashita revient sur quarante ans de photographie en Chine.
Le soir, Visa change d’échelle. Du lundi 31 août au samedi 5 septembre, six soirées de projection gratuites sont programmées à 21 h 30 au Campo Santo. Sur écran géant, elles retraceront l’actualité internationale de l’année et accueilleront les traditionnelles remises des prix du festival.
Face aux images fabriquées par l’IA, Visa défend « le réel »
Cette 38e édition arrive surtout à un moment singulier pour le photojournalisme. Jamais autant d’images n’ont circulé. Jamais il n’a été aussi facile d’en fabriquer.
Jean-François Leroy en fait le fil politique et journalistique de son éditorial 2026. Le directeur et fondateur de Visa rappelle que l’année a elle-même commencé avec une fausse photographie de Nicolás Maduro menotté, générée artificiellement et reprise jusque par des journalistes et des médias. Face aux images produites par l’IA et à leur diffusion instantanée sur les réseaux sociaux, il défend le travail de professionnels capables d’identifier, vérifier et documenter ce qu’ils montrent.
Une question qui dépasse largement les murs des expositions. Car à partir de samedi, ce sont précisément des images prises sur le terrain, parfois au prix de risques considérables, que plusieurs dizaines de milliers de visiteurs vont venir regarder gratuitement au cœur de Perpignan. Et dès lundi, photographes, rédacteurs en chef, agences et professionnels des médias les rejoindront pour la semaine professionnelle.
Visa pour l’Image — 38e édition, du samedi 29 août au dimanche 13 septembre 2026 à Perpignan. Expositions ouvertes tous les jours de 10 h à 20 h. Entrée libre. Soirées de projection au Campo Santo du 31 août au 5 septembre à 21 h 30.

