TENERIFE — Alors que Tenerife connaît depuis le début de l’année une activité sismique particulièrement soutenue autour du Teide-Pico Viejo, des chercheurs viennent de dévoiler la première image en trois dimensions des profondeurs de l’île. L’étude identifie plusieurs zones susceptibles de contenir du magma et établit un lien spatial avec une partie de la sismicité anormale observée ces dernières années.
Des centaines de séismes, des essaims qui se succèdent et désormais une image beaucoup plus précise de ce qui se passe sous Tenerife. Une étude dévoilée vendredi 28 août 2026 par l’Institut volcanologique des Canaries (INVOLCAN) vient d’identifier plusieurs zones profondes susceptibles d’être associées à des accumulations de magma sous l’île.
La découverte intervient alors que l’activité sismique de Tenerife fait l’objet d’une surveillance renforcée. Selon le dernier bilan mensuel de l’Institut géographique national espagnol (IGN), 611 des 724 séismes localisés dans l’archipel des Canaries en juillet se concentraient dans le complexe de Las Cañadas del Teide. Plus de 380 avaient été localisés lors de la seule intensification des 23 et 24 juillet.
Quatre anomalies détectées entre 10 et 30 kilomètres de profondeur
Publiée dans la revue Scientific Reports, l’étude fournit pour la première fois une représentation tridimensionnelle de la croûte profonde et du manteau supérieur sous Tenerife.
Les chercheurs ont utilisé les données de plus de 785 téléséismes, de puissants tremblements de terre survenus ailleurs sur la planète et enregistrés à Tenerife entre 2017 et 2024. Le passage de leurs ondes à travers les différentes couches terrestres permet, à la manière d’une tomographie, d’en reconstituer certaines propriétés.
Sous une couche relativement rigide de croûte océanique d’environ dix kilomètres d’épaisseur apparaissent quatre grandes anomalies où les ondes sismiques se propagent plus lentement, réparties entre environ 10 et 30 kilomètres de profondeur.
𝐈𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐝𝐚 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐚𝐥 𝐳𝐨𝐧𝐚 𝐝𝐞 𝐚𝐜𝐮𝐦𝐮𝐥𝐚𝐜𝐢𝐨́𝐧 𝐦𝐚𝐠𝐦𝐚́𝐭𝐢𝐜𝐚 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐮𝐧𝐝𝐚 𝐝𝐞 𝐓𝐞𝐧𝐞𝐫𝐢𝐟𝐞https://t.co/VAdfcdkAwS pic.twitter.com/8jnf8GfH30
— INVOLCAN (@involcan) August 28, 2026 La plus remarquable se situe sous l’ouest de Tenerife. Les vitesses particulièrement faibles des ondes S, associées aux résultats d’une modélisation thermodynamique, indiquent selon les chercheurs qu’elle pourrait contenir une proportion importante de matériau fondu.
Le magma provenant du manteau pourrait ainsi s’accumuler progressivement à la base de l’ancienne croûte océanique, selon un mécanisme appelé « underplating magmatique ».
Une partie des séismes se produit au-dessus de cette zone
C’est surtout la comparaison avec l’activité sismique récente qui retient l’attention. Selon INVOLCAN, une partie importante des séismes enregistrés ces dernières années se concentre au-dessus ou sur les bordures de la principale anomalie profonde. Les chercheurs avancent ainsi l’hypothèse d’un lien entre les processus magmatiques profonds et certains phénomènes mesurés plus près de la surface. Lorsque du magma remonte depuis le manteau, la diminution de pression favorise notamment la libération des gaz qu’il contient, principalement du CO₂ à ces profondeurs. Ces gaz et fluides peuvent ensuite migrer vers le système hydrothermal et contribuer à certains séismes hybrides ou de basse fréquence.
𝐓𝐞𝐫𝐫𝐞𝐦𝐨𝐭𝐨𝐬 𝐚𝐥 𝐧𝐨𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐓𝐞𝐧𝐞𝐫𝐢𝐟𝐞 https://t.co/pGzjM1JLIM pic.twitter.com/KmJK3nMFbK
— INVOLCAN (@involcan) August 27, 2026 Le 22 juillet, une nouvelle intensification avait débuté au sud-ouest de Las Cañadas. INVOLCAN avait finalement estimé à plus de 4 500 le nombre de petits événements détectés pendant cet épisode, essentiellement autour de dix kilomètres de profondeur.
Aucun signe d’éruption imminente
La découverte d’une zone riche en magma ne signifie cependant pas que celui-ci est actuellement en train de remonter vers la surface. Le comité scientifique du PEVOLCA rappelait encore le 6 août qu’aucune intrusion magmatique dans la croûte susceptible d’annoncer une éruption n’avait été détectée et que la probabilité d’une éruption à court ou moyen terme demeurait faible.
Même constat dans le bilan de juillet de l’IGN : les mesures géodésiques et satellitaires n’avaient révélé aucune déformation significative nouvelle du terrain pouvant être associée à une activité volcanique. Les faibles déformations observées dans le centre de Tenerife depuis 2023 poursuivent leur évolution sans changement majeur. Reste désormais à déterminer l’étendue de ces réservoirs profonds et à comprendre comment ils pourraient être reliés entre eux.

