STRASBOURG — Le Parlement européen a attribué jeudi 22 octobre le prix Sakharov 2026 à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses responsables. Cette décision intervient treize jours après l’annonce de nouvelles sanctions américaines visant la juridiction de La Haye. La distinction marque le soutien politique des eurodéputés à la justice internationale, mais soulève une question concrète : comment préserver le fonctionnement de la Cour lorsque ses partenaires bancaires et technologiques risquent d’être touchés par les restrictions de Washington ?
Une distinction au cœur du bras de fer avec les États-Unis
Créée en 2002 en application du Statut de Rome, la CPI enquête sur les crimes internationaux les plus graves et poursuit leurs auteurs dans les limites de sa compétence. L’administration de Donald Trump accuse la juridiction de viser injustement les États-Unis et certains de leurs alliés, notamment Israël, et conteste sa légitimité dans ces dossiers. La Cour rejette ces critiques et affirme agir en toute indépendance, sur la base du droit et des preuves.
Les sanctions annoncées le 9 octobre ne se limitent plus aux mesures individuelles qui frappaient déjà plusieurs magistrats et responsables. Elles visent désormais l’institution et prévoient des restrictions aux transactions, avec un délai de six mois accordé aux acteurs américains pour mettre fin à leurs relations. Au-delà des financements, l’accès aux services bancaires, aux outils numériques et aux prestataires technologiques pourrait être affecté.
Le règlement de blocage au centre des divergences
Lors d’un débat tenu le 20 octobre à Strasbourg, plusieurs députés ont demandé à la Commission européenne d’activer le règlement de blocage. Cet instrument peut protéger des opérateurs européens contre certaines sanctions extraterritoriales décidées par des pays tiers, sous réserve des décisions nécessaires à son application au cas concerné.
La haute représentante de l’Union, Kaja Kallas, a privilégié à ce stade l’analyse des conséquences juridiques et la recherche d’une solution diplomatique. D’autres élus redoutent que des banques et des fournisseurs ne cessent déjà leurs services, sans attendre l’expiration du délai américain. La Commission affirme examiner les options possibles ; l’activation du règlement de blocage pour ces sanctions n’a pas été annoncée.
Transformer le soutien politique en garanties concrètes
Doté de 50 000 euros, le prix Sakharov distingue chaque année la défense des droits humains et de la liberté de pensée. Sa remise est prévue le 16 décembre à Strasbourg. La candidature de la CPI, soutenue par les sociaux-démocrates, figurait parmi les finalistes avec l’opposant tanzanien Tundu Lissu et les militantes iraniennes Taraneh et Romina Rahimi.
La récompense ne modifie pas à elle seule les sanctions américaines. Les prochaines décisions de la Commission et des États membres détermineront si le soutien européen à la justice internationale se traduira par des mesures capables de préserver les activités quotidiennes de la Cour.

