Analyses | Pourquoi l’Europe enchaîne-t-elle séismes, incendies, inondations et tempêtes ?

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Foto: Bomberos de Madrid

BARCELONE — Séismes en Andalousie, incendies majeurs en Espagne et en France, inondations, vagues de chaleur et orages violents : leur concentration sur quelques semaines peut donner l’impression que l’Europe entre dans une période de multiplication généralisée des catastrophes naturelles. Pourtant, réunir tous ces événements sous une même explication serait scientifiquement incorrect. Le continent est simultanément exposé à des risques géologiques et climatiques dont les origines et les évolutions sont très différentes.

Les tremblements de terre en constituent l’exemple le plus évident. Aucune donnée scientifique n’établit de relation entre la hausse des températures et l’activité tectonique. En Méditerranée, une part importante de la sismicité est liée aux interactions entre les plaques africaine et eurasiatique. Le sud de la péninsule Ibérique, l’Italie, la Grèce, les Balkans ou encore la Turquie appartiennent ainsi à des territoires historiquement exposés.

Lorsque les contraintes accumulées dans une faille dépassent certains seuils, l’énergie se libère brutalement : c’est le séisme. Un épisode comme celui observé à Grenade peut ensuite produire des dizaines, voire des centaines de répliques pendant le réajustement des contraintes de la croûte terrestre.

« Il n’existe pas une cause unique : les séismes relèvent de la dynamique géologique, tandis que le réchauffement modifie les conditions dans lesquelles surviennent incendies, sécheresses et certains phénomènes météorologiques extrêmes. »

Une succession de secousses sur quelques jours ne permet donc pas de conclure que l’Europe connaît nécessairement davantage de grands tremblements de terre. Un autre facteur intervient : les réseaux de surveillance contemporains détectent des mouvements de faible magnitude qui auraient parfois pu passer inaperçus il y a quelques décennies.

Une Méditerranée qui se réchauffe

Pour les phénomènes météorologiques, la situation est différente. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, à un rythme environ deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Le bassin méditerranéen figure parmi les territoires particulièrement vulnérables à cette évolution.

Un été plus chaud augmente l’évaporation, réduit l’humidité des sols et contribue au dessèchement de la végétation. Si ces conditions se combinent à du vent et à une très faible humidité de l’air, un territoire peut devenir extrêmement favorable à la propagation rapide d’un incendie.

Mais l’origine du feu reste une autre question. Une imprudence, des travaux, une infrastructure, un acte volontaire ou encore la foudre peuvent provoquer le départ des flammes. Le réchauffement climatique ne remplace pas cette source d’ignition.

« Le changement climatique n’allume pas une forêt, mais il peut créer les conditions permettant à un incendie de se propager plus vite et avec davantage d’intensité. »

Cette distinction est essentielle pour comprendre les grands incendies. Le réchauffement n’explique pas nécessairement comment chacun d’entre eux commence. Il peut en revanche modifier la température, l’humidité et l’état de sécheresse de la végétation que le feu rencontre une fois déclenché.

De la sécheresse aux pluies torrentielles

Il peut sembler paradoxal qu’une région frappée par la sécheresse et des températures extrêmes subisse ensuite des pluies torrentielles. Ce n’est pourtant pas contradictoire. Une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau et fournir, lorsque les conditions météorologiques sont réunies, davantage d’humidité à certains épisodes pluvieux. En Méditerranée, une mer particulièrement chaude peut également alimenter certains systèmes atmosphériques.

Cela ne signifie pas pour autant que chaque orage ou chaque inondation soit automatiquement imputable au changement climatique. Les chercheurs utilisent des études d’attribution afin de déterminer dans quelle mesure le réchauffement a rendu un événement particulier plus probable ou plus intense.

Un autre facteur ne dépend pas de la météo : l’endroit où nous construisons.

Une pluie intense peut provoquer des conséquences beaucoup plus graves lorsqu’elle touche des zones fortement urbanisées, des sols imperméabilisés ou des secteurs inondables. Pour les incendies, le développement de logements à proximité immédiate des espaces forestiers augmente également l’exposition. La catastrophe dépend donc à la fois de l’intensité du phénomène et de la vulnérabilité du territoire qu’il rencontre.

L’Europe observe par ailleurs ces événements avec une précision sans précédent. Satellites, radars, capteurs sismiques, téléphones mobiles et systèmes d’alerte permettent de connaître presque instantanément un séisme, un incendie ou une tempête. Une partie du sentiment d’accumulation vient aussi de cette capacité à mesurer et à diffuser des événements autrefois beaucoup moins visibles.

L’été 2026 rassemble plusieurs de ces facteurs. Copernicus avait déjà documenté en mai une vague de chaleur exceptionnellement précoce en Europe occidentale, avec des anomalies quotidiennes dépassant 10 °C par rapport aux normales dans certaines régions et de nombreux records nationaux ou locaux.

Les séismes de Grenade peuvent donc se produire au même moment que des incendies ou des événements météorologiques extrêmes sans partager leur origine. Les premiers relèvent de la dynamique interne de la Terre ; les seconds surviennent dans un système climatique dont la température augmente.

La nouveauté n’est pas que l’Europe connaisse des tremblements de terre, des incendies, des inondations ou des tempêtes : elle y a toujours été confrontée. Ce qui évolue est la combinaison d’un climat plus chaud, de territoires densément occupés et d’une forte exposition à des phénomènes extrêmes susceptibles de se succéder ou de se chevaucher, augmentant simultanément la pression sur les populations, les infrastructures et les services de secours.

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