FOS-SUR-MER — La hausse des carburants commence à quitter le terrain des statistiques pour entrer dans celui de la contestation sociale. De Sète à Fos-sur-Mer en passant par Port-Vendres, les pêcheurs de la façade méditerranéenne française multiplient les mobilisations contre l’envolée du gazole. Le mouvement reste sectoriel et dispersé, mais le blocage d’un dépôt pétrolier près de Marseille fait désormais monter la pression d’un cran.
La pêche apparaît comme l’un des premiers secteurs à transformer le nouveau choc énergétique en mobilisation. La raison est économique : le carburant constitue un coût d’exploitation difficilement compressible et toute hausse se répercute rapidement sur la rentabilité des sorties en mer.
De Sète à Port-Vendres, la même pression
À Sète, une cinquantaine de pêcheurs se sont mobilisés pour réclamer des réponses face à la hausse de leurs charges. La rencontre avec la préfecture n’a pas permis, selon les professionnels, de lever leurs inquiétudes sur la viabilité économique de l’activité si les prix restent durablement élevés.
La contestation a ensuite gagné Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales. Les professionnels y font état d’une progression particulièrement rapide du gazole pêche, passé d’environ 0,70 euro à près de 1,30 euro le litre en quelques semaines. L’aide gouvernementale de 25 centimes par litre amortit une partie du choc, sans supprimer la pression sur les comptes des navires.
Fos-sur-Mer change la dimension
Le blocage d’un dépôt pétrolier à Fos-sur-Mer introduit un élément nouveau. La protestation ne se limite plus au port ou aux bateaux : elle touche directement une infrastructure de la chaîne d’approvisionnement en carburants. À ce stade, aucune rupture d’approvisionnement des consommateurs n’est signalée et rien ne permet encore de parler d’un mouvement coordonné à l’échelle nationale.
Mais la succession Sète–Port-Vendres–Fos-sur-Mer dessine un malaise qui se diffuse sur le littoral méditerranéen. Les pêcheurs, particulièrement exposés au prix de l’énergie, peuvent constituer un indicateur avancé de tensions qui concernent également les transporteurs, agriculteurs, artisans et autres activités fortement dépendantes du carburant.
La France n’est pas encore confrontée à un mouvement social national contre la hausse des carburants. Mais sur son littoral méditerranéen, les premiers foyers sont désormais visibles. Après Sète et Port-Vendres, le blocage de Fos-sur-Mer constitue un changement d’échelle. Reste à savoir si la colère restera celle des pêcheurs ou si elle annonce un malaise économique et social beaucoup plus large.

