MADRID — Maricarmen Abascal, 87 ans, a été expulsée mercredi du logement du quartier madrilène du Retiro où elle résidait depuis sept décennies. La commission judiciaire a exécuté la décision après trois précédentes tentatives suspendues, malgré la mobilisation de centaines de personnes devant le 46 de la rue Alcalde Sainz de Baranda.
Des policiers nationaux ont ouvert l’accès à l’immeuble et évacué des manifestants qui tentaient d’empêcher l’entrée. Maricarmen a finalement été sortie sur une civière par les secours du Samur, sous les regards des personnes rassemblées. Elle présente un handicap reconnu et ses difficultés de mobilité se sont aggravées au cours des années de procédure.
Un logement occupé depuis 1956
Maricarmen s’était installée dans l’appartement avec sa famille en 1956. Le bail relevait du régime espagnol des anciens loyers réglementés et avait finalement été transféré à son nom après le décès de ses parents. Le contentieux s’est ouvert lorsque la propriété a contesté la poursuite du contrat. La cour provinciale a renversé une première décision favorable à la locataire, puis le Tribunal suprême a déclaré son recours irrecevable, rendant l’expulsion exécutoire.
Elle versait environ 500 euros de loyer par mois pour une pension proche de 1 350 euros. Selon sa défense, la propriété demandait un loyer nettement supérieur pour la maintenir dans les lieux. Une donatrice anonyme avait proposé de prendre en charge la différence ainsi que la dette afin d’éviter l’expulsion, sans qu’un accord soit trouvé.
Du Retiro au Congrès
L’affaire a pris une dimension politique nationale. Le ministère du Logement avait demandé la suspension de l’expulsion et les Nations unies avaient demandé à l’Espagne de la suspendre ou de garantir une solution de relogement adéquate pendant l’examen du dossier.
Mercredi, le premier vice-président Carlos Cuerpo a assuré que le gouvernement continuerait à chercher une solution et rappelé que le Congrès avait rejeté de précédentes mesures visant à prolonger la suspension de certaines expulsions. La ministre du Logement Isabel Rodríguez a, elle, appelé les groupes parlementaires à soutenir le nouveau décret de l’exécutif. Ces déclarations s’inscrivent dans une confrontation politique sur la législation et les responsabilités en matière de logement.
Le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida, a de son côté affirmé que la municipalité proposait immédiatement une solution d’hébergement à Maricarmen et que d’autres alternatives avaient déjà été offertes. La défense de la locataire a contesté au cours de la procédure l’adéquation de certaines solutions proposées.
La quatrième tentative aboutit
L’opération de mercredi met fin au maintien de Maricarmen dans son appartement, mais pas au débat suscité par son dossier. Des centaines de personnes s’étaient rassemblées pendant la nuit et la matinée pour tenter d’empêcher cette quatrième tentative.
Son expulsion devient ainsi un nouveau point de cristallisation du débat espagnol sur les anciens baux, la protection des personnes vulnérables et la capacité des administrations à proposer une alternative avant l’exécution d’une décision judiciaire.

