Manifestations en France : à quoi faut-il s’attendre ce week-end ?

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Foto: X - En Lyon

PARIS — La France aborde ce samedi 24 octobre une nouvelle journée de mobilisation après plusieurs semaines de contestation lycéenne, étudiante, syndicale et des gilets jaunes. L’exécutif a annoncé un dispositif de sécurité renforcé et tente d’ouvrir des discussions avec certains acteurs du mouvement. Mais cette colère sociale n’a ni direction unique ni programme commun : les revendications sur l’éducation, le pouvoir d’achat, les salaires et la démocratie se croisent sans se confondre. À quoi faut-il s’attendre ce week-end ?

Un « acte 2 » des gilets jaunes ce samedi

Les gilets jaunes appellent à de nouvelles actions le 24 octobre, une semaine après les manifestations du 17 octobre, marquées par des violences. D’autres rendez-vous sont annoncés pour le 31 octobre. Le mouvement met en avant le coût des carburants, de l’alimentation, de l’énergie et du logement.

Ses revendications ne sont toutefois pas uniformes. Le collectif 17octobregiletjaune.net demande la démission d’Emmanuel Macron et remet en cause la démocratie représentative. Il réclame aussi l’interdiction des lanceurs de balles de défense et des grenades de désencerclement contre les manifestants, ainsi que la fin des interpellations massives. D’autres organisations, dont Unité gilets jaunes et Yellowsphere, défendent le référendum d’initiative citoyenne et réclament un référendum sur la sortie de l’Union européenne.

Le gouvernement n’a pas apporté de réponse spécifique négociée avec les gilets jaunes. La coordination à l’origine du 17 octobre a demandé à être reçue à l’Élysée, sans qu’une telle rencontre ait été organisée à ce stade.

À Paris, seul le parcours Bastille-Nation est autorisé

Les itinéraires constitueront un premier enjeu. À Paris, la préfecture a refusé le parcours Bastille-Opéra proposé par les gilets jaunes et Interfac IDF. Le seul cortège autorisé doit relier Bastille à Nation, sous l’encadrement de la CGT et avec des organisations syndicales, lycéennes et étudiantes.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes pour samedi, contre 60 000 le 17 octobre. L’objectif affiché est de prévenir de nouveaux débordements et de protéger les participants, les riverains et les commerces. L’ampleur du dispositif ne permet toutefois de préjuger ni du nombre de manifestants ni d’éventuelles violences.

Parcoursup, enseignants absents et bâtiments : les demandes des jeunes

Les lycéens ont commencé à bloquer des établissements et à manifester dès la mi-septembre. Ils réclament la suppression ou une refonte profonde de Parcoursup, une modification des rythmes scolaires, l’abrogation de la réforme Blanquer de 2018, le remplacement systématique des professeurs absents et des effectifs réduits dans les classes. Ils demandent aussi la rénovation et l’adaptation climatique des bâtiments scolaires ainsi que le droit de manifester en sécurité.

Dans l’enseignement supérieur, la Fage, l’Union étudiante et l’Unef portent dix revendications dont elles chiffrent le coût à 10 milliards d’euros. Elles proposent notamment 250 000 places supplémentaires dans le supérieur public, une hausse des bourses de 200 euros par mois et la rénovation des résidences du Crous jugées insalubres.

Le gouvernement a annoncé le 8 octobre l’affectation de 3 000 professeurs remplaçants dans les lycées qui en ont besoin. La plateforme Agora a recueilli les contributions des lycéens jusqu’au 23 octobre. Selon un premier bilan communiqué par le Premier ministre, 71 % des contributions concernent l’organisation du temps scolaire, 51 % l’état des bâtiments et les conditions matérielles, et 28,5 % les absences et remplacements d’enseignants.

Macron reçoit les lycéens, des mesures attendues lundi

Emmanuel Macron a reçu vendredi après-midi des représentants lycéens. À l’issue de la rencontre, Nathanaël Combary, du mouvement Renouveau lycéen, a décrit un président à l’écoute et évoqué une promesse de réforme de la démocratie scolaire ainsi qu’une refonte complète de Parcoursup. Il a néanmoins souligné que les organisations n’étaient pas satisfaites et attendaient la réunion avec le Premier ministre.

Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a annoncé pour lundi 26 octobre une réunion avec les représentants de la communauté éducative afin de présenter une première série de décisions sur les effectifs, les remplacements et Parcoursup. Sébastien Lecornu doit y participer. Les engagements exprimés vendredi restent donc à traduire en mesures précises.

L’intersyndicale prépare le 5 novembre

La CFDT, la CGT, FO, l’Unsa et la FSU appellent à une journée de grèves et de manifestations le 5 novembre. Elles demandent des négociations salariales immédiates, l’égalité professionnelle, la hausse des pensions, du smic et des prestations sociales, ainsi que davantage de moyens pour les services publics et l’adaptation au changement climatique.

Les syndicats défendent également plusieurs propositions fiscales. La CFDT demande un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines financiers supérieurs à 100 millions d’euros et un ISF climatique. La CGT veut renforcer la progressivité de l’impôt, revoir les niches fiscales et réduire certains taux de TVA. FO défend une fiscalité progressive. La CGT et Solidaires réclament en outre l’indexation des salaires sur l’inflation.

Dans un courrier du 20 octobre, Sébastien Lecornu a indiqué avoir chargé le ministre du Travail de travailler avec les syndicats et le patronat sur le pouvoir d’achat, dans le respect des engagements de redressement des finances publiques. La rencontre suivante à Matignon n’a pas satisfait les organisations : Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a dénoncé l’absence de prise en compte de leurs demandes. La CFTC a néanmoins relevé une ouverture sur une discussion autour du smic. Une éventuelle revalorisation anticipée reste à l’étude et n’a pas été annoncée comme décision.

Les points à surveiller ce week-end

Le premier indicateur sera la participation effective aux rassemblements et leur répartition géographique. Le deuxième sera le respect des itinéraires autorisés et les décisions prises face à d’éventuels cortèges non déclarés. Le troisième concernera la capacité à protéger les manifestants pacifiques tout en intervenant contre les violences éventuelles.

Au-delà de samedi, deux échéances sont déjà fixées : la présentation des premières mesures éducatives le lundi 26 octobre et la journée intersyndicale du 5 novembre. La suite de la contestation dépendra autant de l’ampleur des rassemblements que du contenu des réponses gouvernementales.

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