MADRID — Le gouvernement espagnol veut accélérer l’entrée de l’intelligence artificielle dans l’économie tout en renforçant les règles qui doivent accompagner son déploiement. Pedro Sánchez a présenté ce lundi le plan IA360, une feuille de route pour les douze prochains mois comprenant une enveloppe de 600 millions d’euros destinée à aider les PME et les travailleurs indépendants à intégrer des solutions d’IA dans leurs processus de production.
Le « Bono Inteligencia Artificial » doit faire l’objet d’une phase pilote au premier semestre 2027 avant un appel général prévu avant la fin de cette même année. Selon l’exécutif, il ne financera pas de simples abonnements à des logiciels : les aides devront porter sur des services de développement, d’intégration, de traitement des données, d’expertise sectorielle ou de transformation des processus fournis par des entreprises technologiques européennes.
25 000 entreprises dans le viseur
L’objectif affiché est de transformer 25 000 entreprises et de faire passer de 21,1 % aujourd’hui à 55 % en 2030 la part des entreprises espagnoles utilisant l’intelligence artificielle. Madrid veut également multiplier par cinq l’investissement privé dans l’IA par rapport à son niveau de 2024.
Le dispositif sera relié à la Red Neurona, un réseau public-privé de centres permettant aux entreprises de tester des applications adaptées à leur secteur et à leurs propres données avant leur déploiement. Un premier pilote doit concerner 100 PME dans deux communautés autonomes avant la fin de 2026. En 2027, l’objectif est d’étendre le réseau à dix communautés et 5 000 entreprises.
Données, cybersécurité et formation
IA360 comprend également un calendrier technologique plus large. Le gouvernement prévoit d’approuver en octobre la réglementation sur les centres de données et fixe à février 2027 le début de la construction de la gigafactory espagnole d’intelligence artificielle. Des mesures de transition vers la cryptographie post-quantique sont également prévues, ainsi qu’une première enveloppe d’environ 300 millions d’euros en 2027 pour la commande publique quantique et la défense face aux usages offensifs de l’IA.
La feuille de route touche aussi l’éducation. L’exécutif veut négocier avec les communautés autonomes, au premier trimestre 2027, l’intégration de l’IA dans les programmes du secondaire et de la formation professionnelle, tout en maintenant des exigences en matière d’esprit critique, de sécurité et d’éthique numérique.
Un contrat social autour de l’IA
Pedro Sánchez convoquera en octobre les organisations patronales et syndicales afin de tenter de construire un « contrat social » autour de l’intelligence artificielle et de ses conséquences sur l’emploi et la vie quotidienne. Le président du gouvernement a défendu une régulation stricte ainsi qu’une technologie placée sous supervision et traçabilité, face au risque de concentration entre les mains d’un nombre réduit de grandes entreprises.
Le plan cherche ainsi à faire avancer simultanément deux chantiers : l’adoption de l’IA par les entreprises et la construction d’un cadre de confiance. L’enjeu sera désormais de convertir cette feuille de route en investissements effectifs, en gains de productivité et en capacités technologiques propres dans un marché largement dominé par de grandes plateformes internationales.

