Lagarde avertit que l’Europe ne peut pas rester à l’écart de la révolution de l’intelligence artificielle

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Felix Schmitt/ECB - 2026 European Central Bank

MADRID — L’Europe ne peut pas reproduire avec l’intelligence artificielle le retard accumulé lors de la première révolution numérique. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a averti mercredi que le continent devait réduire la fragmentation de ses marchés et permettre à ses entreprises d’atteindre une taille plus importante s’il voulait rivaliser dans une transformation technologique jusqu’ici dominée par les États-Unis et la Chine.

Lors d’une intervention dans le cadre du Forum économique mondial, Christine Lagarde a replacé l’IA dans une transformation plus générale du modèle économique européen. La croissance des dernières décennies s’est appuyée sur la mondialisation, une énergie relativement bon marché et un ordre international fondé sur des règles. Cet environnement s’érode et a peu de chances, selon elle, de revenir à son fonctionnement antérieur.

L’Europe conserve pourtant des atouts importants : un marché d’environ 450 millions de consommateurs, une main-d’œuvre hautement qualifiée, des capacités industrielles avancées et un vaste réseau d’accords commerciaux. L’enjeu consiste désormais à transformer ces avantages en croissance, en innovation et en gains de productivité.

La taille des entreprises au cœur du problème

La présidente de la BCE identifie deux obstacles principaux. Le premier tient à la fragmentation du marché unique, où de nombreuses entreprises continuent d’opérer essentiellement à l’intérieur de leurs frontières nationales. Le second concerne les marchés de capitaux, qui restent insuffisamment intégrés pour financer facilement le développement des entreprises technologiques européennes. Ces deux difficultés se renforcent mutuellement. Lorsqu’une entreprise peine à se développer dans les 27 États membres et ne dispose pas parallèlement d’un marché financier européen suffisamment profond pour financer son expansion, ses chances d’atteindre une dimension mondiale diminuent. Certaines sociétés innovantes peuvent alors rechercher capitaux et croissance hors de l’Union.

Christine Lagarde avait déjà estimé en février que les États-Unis menaient la course mondiale à l’IA, suivis de près par la Chine, tandis que l’Europe accusait un retard. Elle avait également souligné les besoins considérables de cette industrie en investissements, en énergie, en données et en talents, ainsi que l’importance de disposer d’un marché suffisamment vaste pour amortir ces investissements.

Une adoption rapide mais encore inégale

Les données récentes de la BCE montrent que la transformation est déjà engagée. Une étude publiée le 28 juillet auprès d’environ 6 000 entreprises de douze pays de la zone euro indique que près de 70 % déclarent utiliser l’intelligence artificielle à un certain degré. Seulement 7 % considèrent toutefois que leur adoption est significative, avec d’importantes disparités selon les pays et les caractéristiques des entreprises. La BCE estime également que l’IA peut générer d’importants gains de productivité. En février, Christine Lagarde indiquait que l’institution observait déjà des effets positifs sur la productivité sans constater, à ce stade, de vague généralisée de suppressions d’emplois provoquée par l’automatisation. L’évolution du marché du travail reste néanmoins surveillée.

L’avertissement lancé mercredi déplace ainsi le débat de la simple adoption de l’intelligence artificielle vers la capacité de l’Europe à la transformer en croissance. Pour la présidente de la BCE, le continent possède le marché, les compétences et la base industrielle nécessaires. Son défi consiste désormais à lever les barrières qui empêchent les capitaux de circuler et les entreprises européennes de grandir suffisamment vite pour participer pleinement à cette seconde révolution numérique.

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