HELSINKI — Felipe VI a replacé la protection de Ceuta dans une conception commune de la sécurité européenne, une semaine avant son déplacement dans la ville autonome. Lors du dîner de gala offert à Helsinki par le président finlandais Alexander Stubb, le Roi a défendu l’idée que l’Union européenne ne possède pas des frontières extérieures distinctes selon les États, mais une frontière commune dont la sécurité concerne l’ensemble des membres.
« Espagnols et Finlandais, nous sommes frontière extérieure de l’Union européenne », a déclaré le souverain, avant de préciser qu’il employait le singulier parce que cette frontière « est une et la même pour tous les citoyens de l’Union » et que les menaces, quelle que soit leur origine ou leur intention, concernent tous les États membres.
Felipe VI a estimé que la protection de cette frontière commune relève de l’ensemble de l’Union et doit reposer sur un effort solidaire et efficace. La capacité des Européens à organiser cette réponse engage, selon lui, non seulement la sécurité de chaque pays mais aussi l’avenir même de la construction européenne.
De l’Arctique à Ceuta, une sécurité européenne à 360 degrés
Le discours établit un parallèle entre deux extrémités de la frontière extérieure européenne. La Finlande partage environ 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie, tandis que l’Espagne affronte à Ceuta la pression exercée sur la frontière sud. Alexander Stubb a exprimé pendant cette même visite sa solidarité avec l’Espagne après l’entrée massive de fin juillet et estimé qu’aucun État membre ne devrait affronter seul une question concernant l’ensemble de l’Europe.
Le Roi a appelé à adopter une « vision à 360 degrés » en matière de sécurité et de défense. Il a rappelé les déploiements militaires espagnols dans l’est de l’Europe et salué l’adhésion de la Finlande à l’OTAN, présentée comme un cadre de référence essentiel compatible avec le renforcement de l’autonomie stratégique européenne.
Cette position prolonge le message prononcé par Felipe VI le 29 septembre devant Emmanuel Macron à Madrid. Le souverain avait alors qualifié d’« inacceptable » l’entrée massive à Ceuta et demandé davantage de coopération et de moyens européens pour protéger la frontière extérieure. Sa nouvelle intervention à Helsinki consolide ainsi une ligne institutionnelle : la pression exercée sur Ceuta ne doit pas être considérée comme une question exclusivement espagnole.
Le message précède la première visite de Felipe VI à Ceuta comme Roi
Felipe VI et la reine Letizia se rendront à Ceuta le 13 octobre puis à Melilla le 14. Il s’agira de la première visite du souverain dans les deux villes depuis son accession au trône et de la première visite de souverains espagnols depuis celle de Juan Carlos I et Sofía en 2007. Le déplacement a été convenu entre la Maison du Roi et le gouvernement.
La visite intervient également alors que Ceuta tente de retrouver une situation plus normale après plus de deux mois de crise migratoire. Les principaux campements installés sur les plages ont été évacués ces derniers jours et les dispositifs d’identification et d’accueil renforcés, même si une partie des migrants reste en dehors des structures officielles.
Pedro Sánchez n’accompagnera pas les souverains. La Moncloa souligne que le président ne participe généralement pas à ce type de déplacement officiel et qu’un ministre devrait représenter l’exécutif. Le programme détaillé à Ceuta et Melilla devra désormais préciser la portée institutionnelle d’une visite qui intervient après que Felipe VI a placé la protection des frontières extérieures au cœur de son message européen.

