La frontière ferroviaire du Perthus, principal point de connexion entre la péninsule Ibérique et le reste de l’Europe, reste confrontée à une fracture technologique qui limite le potentiel du Corridor méditerranéen. Malgré l’existence d’une ligne à grande vitesse, l’intégration incomplète des systèmes de signalisation et de gestion du trafic entre l’Espagne et la France provoque des inefficacités majeures pour le fret.
Le principal obstacle réside dans la coexistence de différents systèmes de sécurité, entre l’ERTMS et les équipements nationaux plus anciens, ainsi que dans les procédures techniques nécessaires pour qu’une locomotive circule sans interruption de part et d’autre des Pyrénées. Cette fragmentation impose encore fréquemment des changements de traction ou des essais supplémentaires, ce qui renchérit le transport ferroviaire par rapport à la route et va à l’encontre des objectifs du Pacte vert européen.
À Bruxelles, la Commission européenne pousse à accélérer la réalisation de l’espace ferroviaire européen unique. Les réalités observées au Perthus montrent toutefois que l’interopérabilité reste éloignée. Les entreprises logistiques réclament un investissement coordonné portant non seulement sur les voies, mais aussi sur le logiciel ferroviaire permettant une circulation continue sans arrêts techniques inutiles.
La réduction de cette fracture est essentielle non seulement pour les ports de Barcelone et de Marseille, mais aussi pour l’ensemble du tissu industriel eurorégional, dont la compétitivité dépend d’une chaîne logistique rapide et durable face aux grands corridors du nord de l’Europe.

