BRUXELLES — L’Europe n’en est plus au stade d’une simple hypothèse de déblocage de ses réserves pétrolières. Sous la pression des États-Unis et face aux pénuries de gazole, le G7 a annoncé le 2 octobre la mobilisation coordonnée de 100 millions de barils sur quatre mois, avec une priorité au diesel durant les vingt premiers jours. Une précision change toutefois la portée de cette annonce : ces volumes relèvent, à ce stade, des 400 millions de barils déjà promis en mars dans le cadre de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), et non d’un effort entièrement nouveau.
Accélérer les engagements plutôt qu’ajouter des volumes
Le 7 octobre, l’AIE a confirmé l’accélération des livraisons prévues. L’urgence concerne surtout les carburants raffinés. Les perturbations au Moyen-Orient et les difficultés des raffineries continuent de peser sur l’offre de gazole, même lorsque du pétrole brut reste disponible. Selon l’agence, ses membres détiennent encore environ 1,1 milliard de barils de stocks publics d’urgence, dont plus de 200 millions de barils de diesel.
Cette décision intervient après les pressions américaines et l’hypothèse d’une limitation des exportations de gazole des États-Unis. Les dirigeants du G7 se sont engagés à éviter de telles restrictions entre eux. L’Union européenne soutient la coordination, mais les mises sur le marché restent soumises aux décisions des États.
Paris et Berlin mettent leurs stocks à contribution
La France a annoncé la mobilisation de 10 millions de barils de gazole. L’Allemagne prévoit de fournir jusqu’à 15 millions de barils de pétrole et de produits raffinés. Les volumes effectivement livrés, leur calendrier et la possibilité d’un déblocage supplémentaire doivent encore être précisés.
Le point de tension n’est pas uniquement la quantité de brut disponible : le diesel doit être raffiné, acheminé et distribué. Une réserve de pétrole ne se transforme donc pas instantanément en carburant utilisable.
Un enjeu direct pour l’économie méditerranéenne
En Catalogne, en Occitanie, en Aragon et dans l’ensemble de l’arc méditerranéen, les transporteurs, les exploitations agricoles et les industriels sont exposés aux tensions sur le gazole. La fluidité des échanges routiers entre la France et l’Espagne dépend également de la disponibilité du carburant. L’accélération des livraisons pourrait atténuer les risques d’approvisionnement, sans assurer une baisse immédiate des prix à la pompe.
La réunion de l’AIE prévue les 14 et 15 octobre doit préciser les modalités de l’opération. La question centrale pour les Européens est désormais celle du volume de diesel pouvant atteindre rapidement le marché, au-delà des annonces sur les stocks stratégiques.

