BARCELONE — La Catalogne aborde la grande manifestation de la Diada de ce vendredi avec deux débats qui ne peuvent plus être dissociés. Alors que le président Salvador Illa revendique une identité catalane plurielle fondée sur la coexistence, l’indépendantisme affronte à 17h14 un test de mobilisation après une veille marquée par la confrontation entre Aliança Catalana et des secteurs de la gauche indépendantiste au Fossar de les Moreres.
La mobilisation convoquée par l’ANC, Òmnium Cultural, le Consell de la República, l’AMI, l’Intersindical et le CIEMEN maintient explicitement l’indépendance comme objectif. À Barcelone, deux cortèges partiront de Gran Via avec Casanova et de Via Laietana près de la place de la Cathédrale avant de converger vers la plaça de Catalunya. Des rassemblements sont également prévus à Girona et Amposta.
Illa place la coexistence au centre
Le message institutionnel du président a placé le débat identitaire sur un terrain différent de celui qui dominait les Diades du procés. « A Catalunya som i volem continuar sent un sol poble » et « ningú és més català que ningú », a déclaré Illa, ajoutant qu’« a casa nostra l’odi no hi té cabuda ». Il n’a directement cité ni Vox ni Aliança Catalana, même si le contexte politique et les tensions de la veille inscrivent ses propos face à la progression des discours identitaires et anti-immigration.
La proposition d’Illa n’est pas non plus une réplique directe à l’indépendantisme. Sa définition de la Catalogne déplace cependant le centre du débat : de la relation avec l’État et de la rupture indépendantiste vers la cohésion sociale, les services publics, le logement, les infrastructures et le financement. C’est l’expression d’une Catalogne institutionnelle qui cherche à consolider une étape postérieure au procés sans nier l’identité nationale catalane.
Le Fossar révèle une nouvelle fracture
La veille de la Diada a laissé une image qui résume une partie de la transformation politique. Au Fossar de les Moreres, les Mossos d’Esquadra ont déployé un important dispositif afin de séparer le rassemblement d’Aliança Catalana d’une contre-manifestation d’organisations de la gauche indépendantiste. Des charges policières ont eu lieu et trois personnes ont été interpellées après une tentative de franchissement du cordon policier.
Cette confrontation est significative car elle oppose des espaces qui partagent la revendication indépendantiste tout en défendant des projets idéologiques incompatibles. Aliança Catalana, formation classée à l’extrême droite, cherche à combiner indépendance, nationalisme identitaire et discours particulièrement dur sur l’immigration. Face à elle, les organisations de la gauche indépendantiste considèrent précisément ce projet comme une menace pour leur conception politique et sociale de la Catalogne.
La fracture ne se limite donc plus aux divergences stratégiques qui ont longtemps séparé ERC, Junts, la CUP et les organisations souverainistes sur la manière d’obtenir l’indépendance. Elle porte désormais aussi sur la définition du discours national et sur le modèle de société qui doit l’accompagner.
17h14, l’heure du test
La manifestation de cet après-midi permettra d’en mesurer une autre dimension : la capacité de l’indépendantisme traditionnel à conserver la rue comme instrument politique. Le mot d’ordre « Hi soc. Hi som. Pel present i pel futur: independència » cherche à reconstruire une image commune autour d’une mobilisation portée conjointement par six organisations.
La participation constituera le principal indicateur. Après plusieurs années de perte de centralité politique du procés, les chiffres de Barcelone, Girona et Amposta permettront de mesurer jusqu’où le mouvement conserve une capacité de mobilisation et si l’unité des organisations peut compenser la fragmentation de l’espace partisan.
Avant le départ des cortèges, la Diada 2026 apparaît ainsi traversée par trois forces : un Govern qui revendique une Catalogne plurielle et cohésive, un indépendantisme traditionnel qui doit démontrer qu’il conserve une assise sociale et une nouvelle concurrence identitaire qui a déplacé une partie de la bataille au sein même du souverainisme. À partir de 17h14, la rue fournira une première mesure de ce nouvel équilibre.

