BARCELONE — CriteriaCaixa engage 250 millions d’euros dans le Scaleup Europe Fund, le nouvel instrument voulu par la Commission européenne pour financer les entreprises technologiques lorsqu’elles atteignent leur phase de forte croissance. Géré par EQT et doté d’un objectif de 5 milliards d’euros, le fonds ciblera notamment l’intelligence artificielle, les biotechnologies, le quantique, les technologies propres et le spatial.
Le holding de la Fondation ”la Caixa” rejoint ainsi le groupe d’investisseurs privés mobilisés aux côtés de Bruxelles pour combler l’un des principaux trous dans le financement européen de l’innovation. La Commission a achevé en août la constitution juridique du fonds. EQT peut désormais sélectionner ses investissements de manière indépendante et aux conditions du marché, avec de premiers engagements attendus dans les prochaines semaines.
Éviter que les entreprises grandissent ailleurs
La faiblesse européenne apparaît souvent après la création de la startup. Le continent sait faire émerger des technologies, mais ses entreprises rencontrent davantage de difficultés lorsqu’elles doivent lever plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros pour industrialiser, recruter et s’internationaliser. Le Scaleup Europe Fund cherche à leur offrir ce capital de croissance afin qu’elles n’aient pas à déplacer leur centre de gravité vers les États-Unis ou l’Asie.
CriteriaCaixa avait déjà renforcé cet été sa propre stratégie dans la technologie. Criteria Bio Ventures et Criteria Venture Tech doivent investir jusqu’à 300 millions d’euros d’ici 2030 dans des entreprises scientifiques et technologiques plus jeunes, principalement en Espagne et au Portugal. L’engagement de 250 millions annoncé aujourd’hui répond à une logique différente : entrer dans un véhicule paneuropéen destiné à des sociétés ayant déjà franchi plusieurs étapes de développement.
Un investissement barcelonais sans préférence catalane
Pour la Catalogne, l’annonce est importante mais ne constitue pas une enveloppe régionale. Un acteur financier installé à Barcelone apporte une contribution significative au dispositif conçu pour retenir les futurs champions technologiques européens. En revanche, aucune part du fonds n’est réservée aux entreprises catalanes : les choix appartiendront à EQT et répondront à une logique européenne de marché.
Les écosystèmes de Barcelone, Valence ou Toulouse devront donc gagner leur place. La Catalogne possède une forte concentration d’entreprises dans la santé, l’IA et la deep tech, l’Occitanie dispose d’un puissant socle aéronautique et spatial et la Communauté valencienne développe son tissu technologique. Mais aucun territoire n’a de ticket garanti.
L’enjeu dépasse ainsi les 250 millions de CriteriaCaixa. L’Europe tente de résoudre le décalage entre sa capacité à produire de l’innovation et sa difficulté à financer son passage à grande échelle. Le capital commence à se structurer. Il faudra désormais observer les premières entreprises sélectionnées et mesurer quelle part de ce nouvel outil européen se transforme réellement en emplois, centres de décision et production dans l’Eurorégion.

