CEUTA — Le gouvernement espagnol prépare une intervention économique d’urgence à Ceuta susceptible de modifier sensiblement le coût de l’emploi dans les deux villes autonomes. Pedro Sánchez a annoncé une réduction de 75 % des cotisations patronales à la Sécurité sociale à Ceuta et Melilla pour 2026 et 2027, au sein d’un paquet de 168 millions d’euros que le Conseil des ministres doit approuver mardi.
Les premiers bénéficiaires sont clairement identifiables : les entreprises employant des salariés relevant du dispositif qui sera finalement retenu. Une réduction de 75 % agit directement sur une partie du coût du travail sans modifier le salaire versé. Pour une PME employant beaucoup de main-d’œuvre, elle peut dégager de la trésorerie pour conserver ses effectifs, recruter ou absorber temporairement une baisse d’activité.
Mais une pièce essentielle manque encore : le texte adopté.
Du régime actuel de 50 % aux 75 % annoncés
Ceuta et Melilla bénéficient déjà d’un régime particulier. Le SEPE prévoit actuellement une bonification de 50 % pour les travailleurs indépendants résidant et exerçant dans les deux villes dans plusieurs secteurs : agriculture, pêche, industrie — avec certaines exclusions —, commerce, tourisme, hôtellerie-restauration, construction, finance, assurance, immobilier et différents services.
Le passage annoncé à 75 % doit donc être compris comme le renforcement d’un avantage existant, et non comme la création d’un régime préférentiel entièrement nouveau.
Reste à connaître son périmètre exact. Pedro Sánchez a évoqué les cotisations versées par les entreprises de Ceuta et Melilla, mais le texte du Conseil des ministres devra préciser les secteurs, salariés, conditions et durée juridique concernés. Avant sa publication, chiffrer le nombre d’entreprises ou d’emplois bénéficiaires serait prématuré.
Les 168 millions ne financent pas seulement les cotisations
Le montant global ne peut pas davantage être assimilé au seul coût de la réduction des charges. Sánchez a annoncé des aides directes aux PME et indépendants pour soutenir l’économie de Ceuta après la crise migratoire. Le ministère du Travail ajoute un autre mécanisme : les entreprises qui en auront besoin pourront recourir à des dispositifs d’activité partielle de type ERTE, avec une exonération de 100 % des cotisations patronales et une protection chômage pour les salariés concernés.
Les effets économiques sont différents. La bonification de 75 % réduit un coût récurrent lié à l’emploi ; les aides directes apportent de la liquidité ; les ERTE doivent éviter qu’une baisse temporaire de l’activité se transforme en suppressions de postes.
Les 168 millions viennent également compléter des dispositifs beaucoup plus anciens. En 2022, Madrid avait adopté les plans intégrés de développement socio-économique de Ceuta et Melilla, représentant plus de 711 millions d’euros entre 2023 et 2026 via le budget de l’État, les fonds structurels et le plan de relance. Ceuta devait bénéficier de 354,7 millions et Melilla de 356,8 millions.
L’emploi sera le véritable test
Le nouveau paquet constitue, selon le gouvernement, une extension extraordinaire du soutien accordé à Ceuta après la crise de juillet. Pedro Sánchez estime que les 168 millions représentent environ 8 % du PIB de la ville et présente le dispositif comme un instrument de revitalisation économique.
La réduction des cotisations peut produire un effet immédiat pour les entreprises et indépendants. Son efficacité structurelle dépendra toutefois de trois variables : le nombre de secteurs effectivement couverts, le volume d’emplois concernés et la capacité du dispositif à générer des embauches plutôt qu’à simplement diminuer le coût des postes existants.
C’est ce que devra préciser le Conseil des ministres. Avant la publication du texte juridique et de la ventilation des 168 millions, l’ampleur de la réponse politique est connue ; son véritable rendement économique ne l’est pas encore.

