Analyses | Quand l’essence et le gazole baisseront-ils si le pétrole recule ?

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BARCELONE — La remontée du Brent vers 94 dollars le baril replace le prix des carburants au centre des préoccupations. Mais l’évolution du brut ne suffit pas à prévoir celle des stations-service. Entre le marché pétrolier et le plein d’un automobiliste s’intercalent le raffinage, les stocks, la logistique, les taxes et les marges commerciales.

Le prix affiché à la pompe ne correspond donc pas directement à celui du baril. Les opérateurs achètent les cargaisons selon des contrats différents et fixent leurs tarifs à partir des cotations internationales des produits raffinés. Une baisse du Brent peut ainsi mettre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à atteindre les consommateurs.

Un décalage qui nourrit la défiance

Les hausses sont souvent visibles rapidement, car les distributeurs doivent anticiper le coût de remplacement des volumes vendus. Lorsque le pétrole recule, les stocks achetés plus cher, les frais de transport, le financement et le raffinage peuvent retarder la baisse. Cette mécanique ne prouve pas, à elle seule, une volonté de maintenir artificiellement les prix, mais elle explique pourquoi le mouvement n’est pas parfaitement symétrique.

Le Bulletin pétrolier de la Commission européenne permet de séparer le prix hors taxes de la fiscalité. Sur les dernières données hebdomadaires disponibles, l’essence Euro 95 se situait autour de 1,71 euro le litre en Espagne, contre environ 2,01 euros en France. Pour le gazole, les références étaient proches de 1,83 euro en Espagne et de 2,17 euros en France.

Le cas concret de la frontière

Dans l’espace transfrontalier entre l’Occitanie et la Catalogne, cet écart pèse directement sur les comportements. Les automobilistes du Roussillon qui se rendent au Perthus, à La Jonquera ou vers Figueres peuvent trouver plusieurs dizaines de centimes de différence par litre, selon la station et les promotions. Sur un plein de 50 litres, l’économie potentielle peut dépasser 15 euros.

La fiscalité constitue l’une des principales explications. Les prélèvements spécifiques restent plus élevés en France, tandis que l’Espagne a adopté des mesures temporaires de baisse de la fiscalité énergétique pendant la crise. La concurrence entre stations, particulièrement visible dans certaines zones catalanes proches de la frontière, accentue encore les écarts.

Les pétroliers maintiennent-ils des prix trop élevés ?

La question mérite d’être posée, mais elle ne peut pas être tranchée en comparant simplement le Brent du jour avec le prix d’un litre de carburant. Il faudrait suivre le coût de remplacement, les marges de raffinage et de distribution, la concurrence locale et l’évolution des prix hors taxes dans les deux pays.

Si le Brent recule durablement et que les produits raffinés suivent, l’essence et le gazole devraient finir par baisser. Si le brut diminue mais que les marges de gros restent élevées, l’effet sera plus limité et plus tardif. Les prochains relevés européens permettront de mesurer la réalité de cette transmission des cours jusqu’aux automobilistes de l’Eurorégion.

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