MADRID — La juge de l’Audience nationale espagnole María Tardón a demandé au ministère de la Défense de préciser si des navires de guerre ou des bâtiments militaires marocains sont entrés, ont transité ou ont stationné dans les eaux territoriales espagnoles au large de Ceuta entre le 29 juillet et le 10 août. Cette demande s’inscrit dans l’enquête sur l’arrivée massive de migrants depuis le Maroc à la fin du mois de juillet et vise à établir les mouvements navals survenus à proximité de l’enclave espagnole.
Dates, enregistrements et éventuels contacts avec la Marine espagnole
Dans une ordonnance rendue publique mercredi, la magistrate sollicite ces renseignements par l’intermédiaire du chef d’état-major des armées espagnoles (JEMAD). Si la présence de bâtiments marocains est confirmée, elle demande les dates et plages horaires précises, ainsi que les éventuelles interventions, approches ou interactions avec des navires de la Marine espagnole ou d’autres unités militaires nationales.
La juge réclame également les enregistrements susceptibles de documenter ces mouvements et souhaite savoir si des faits comparables se sont produits depuis le 10 août. La demande ne signifie pas qu’une incursion militaire a été judiciairement établie dans les circonstances examinées : elle vise à obtenir des informations officielles vérifiables.
Aucun lien établi à ce stade avec l’arrivée massive de migrants
La décision distingue explicitement l’éventuelle présence de bâtiments militaires marocains de leur possible implication dans la crise migratoire. María Tardón souligne qu’aucun élément objectif ne permet, à ce stade, d’affirmer que des unités navales marocaines ont participé, collaboré ou entretenu un lien de causalité avec les faits sur lesquels porte l’enquête.
La procédure judiciaire continue d’examiner les circonstances de l’arrivée de migrants à Ceuta à la fin du mois de juillet. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, avait auparavant reconnu, lors d’un échange informel avec des journalistes, l’entrée de navires marocains dans les eaux de Ceuta, tout en présentant cet épisode comme ponctuel. La magistrate veut désormais en préciser la portée à partir de documents militaires.
La juge écarte les demandes les plus larges de l’accusation populaire
L’accusation populaire unifiée, conduite par Iustitia Europa, avait demandé la conservation de données radar, de relevés de capteurs, de communications militaires et de documents diplomatiques concernant le Maroc. María Tardón rejette ces investigations dans leur formulation initiale, les jugeant disproportionnées et insuffisamment utiles à ce stade de la procédure.
Elle privilégie une vérification plus ciblée auprès du ministère de la Défense, susceptible d’ouvrir la voie à de nouvelles investigations si des éléments pertinents apparaissent. La suite dépendra des renseignements transmis par l’état-major espagnol sur les mouvements de navires marocains, les éventuelles réactions de la Marine espagnole et les enregistrements disponibles.

