MADRID — Le campement installé à la Puerta del Sol accentue la pression sur le gouvernement espagnol à quelques heures du Conseil des ministres appelé à examiner le nouveau décret sur le logement. Environ 600 personnes se trouvaient encore lundi sur la place, où près de 350 tentes ont été installées après la mobilisation déclenchée par l’expulsion de Maricarmen Abascal, 87 ans. Au-delà de son cas, la protestation pose désormais une question plus large : quelle protection sera accordée aux résidents et aux ménages vulnérables dans la nouvelle politique du logement ?
Le Syndicat des locataires réclame des baux à durée indéterminée ou renouvelés automatiquement, une protection structurelle contre les expulsions en l’absence de solution de relogement et une intervention plus large sur le marché locatif. Il refuse également que les avantages fiscaux accordés aux propriétaires constituent le cœur de la réponse et exige l’adoption intégrale du « décret Maricarmen ».
Baux et protection contre les expulsions
Une partie de ces revendications rejoint les points encore discutés entre le PSOE et Sumar. La prolongation des contrats et l’encadrement des locations résidentielles, notamment à la chambre, figurent parmi les difficultés d’une négociation qui se poursuit à la veille du Conseil des ministres.
La protection des personnes vulnérables constitue l’autre enjeu majeur. Les organisations de locataires demandent qu’aucun ménage vulnérable ne puisse être expulsé sans solution de relogement. Le gouvernement envisage de maintenir et de renforcer certains mécanismes de protection, mais le contenu définitif du décret ne permet pas encore d’affirmer qu’une telle garantie deviendra permanente.
La différence est importante. Une prolongation temporaire des mesures d’urgence maintiendrait le bouclier actuel pendant une période déterminée. Un dispositif structurel modifierait durablement les conditions applicables aux procédures d’expulsion.
Les résidents prioritaires face aux locations touristiques ?
Le débat porte également sur l’usage des logements. Pedro Sánchez a défendu lundi à Barcelone la nécessité de « privilégier l’usage résidentiel face à l’usage touristique » et demandé aux communautés autonomes d’appliquer les instruments prévus par la loi nationale sur le logement.
Cette déclaration ouvre une autre interrogation : le futur décret créera-t-il de nouveaux outils pour favoriser l’habitat permanent face aux locations touristiques ou l’essentiel de cette politique restera-t-il entre les mains des régions et des municipalités ? La Catalogne utilise les mécanismes liés aux zones tendues et Barcelone prévoit la disparition des licences d’appartements touristiques en 2028, tandis que d’autres communautés refusent certains dispositifs de la législation nationale.
L’exécutif négocie parallèlement un encadrement des locations temporaires et à la chambre, deux formules dont le poids s’est accru dans les villes soumises aux plus fortes tensions résidentielles.
Mardi déterminera la portée réelle du décret
Le Conseil des ministres permettra de mesurer quelles revendications auront finalement été intégrées au texte. Le gouvernement peut adopter le décret-loi sans disposer au préalable d’une majorité parlementaire garantie, mais il devra ensuite obtenir sa validation par le Congrès dans un délai maximal de 30 jours.
Le campement de Sol attendra donc le contenu du texte. Après avoir fait du cas de Maricarmen un symbole de la mobilisation, les collectifs de locataires réclament désormais une réponse dépassant son cas individuel : des baux plus stables, une protection durable des ménages vulnérables et davantage de logements réservés aux résidents. La décision attendue mardi montrera jusqu’où le gouvernement entend aller.

