EU PULSE | Crise du logement en Europe : que peuvent faire l’UE et les États ?

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BRUXELLES — Maricarmen Abascal a 87 ans et vivait depuis 1956 dans le même appartement du quartier du Retiro à Madrid. Son expulsion cette semaine, après trois précédentes tentatives suspendues, a transformé une histoire individuelle en symbole politique. Mais le problème dépasse Madrid et l’Espagne : l’Europe accumule des années de hausse du coût du logement sans que les pouvoirs publics soient parvenus à augmenter l’offre au rythme nécessaire.

L’Espagne en constitue l’un des exemples les plus visibles. La Banque d’Espagne estime à environ 755 000 logements le déficit cumulé entre 2021 et 2025 et avertit qu’environ 300 000 unités supplémentaires pourraient manquer d’ici 2028 si les tendances actuelles se poursuivent. L’écart entre la création de ménages et les logements nouvellement construits alimente directement la pression sur les prix et les loyers.

La crise prend des formes différentes à Paris, Barcelone, Madrid, Lisbonne, Amsterdam ou Dublin, mais plusieurs facteurs se retrouvent : foncier rare ou lent à mobiliser, délais de planification, coûts de construction élevés, concentration de l’emploi dans les grandes métropoles et parc public ou abordable insuffisant dans de nombreux États.

Bruxelles entre dans un domaine jusqu’ici national

Le logement reste principalement une compétence des États, des régions et des municipalités. L’Union européenne ne fixe pas les loyers et ne décide pas où construire des logements sociaux. Mais la dimension continentale de la crise pousse Bruxelles à intervenir davantage par le financement, les règles relatives aux aides d’État, l’efficacité énergétique et la réglementation de certaines activités liées au marché immobilier.

La Commission a placé le logement abordable parmi ses priorités et l’Union prépare de nouveaux instruments pour mobiliser l’investissement. Le Parlement européen a lui aussi renforcé la place du sujet dans son agenda. Le changement est politique : le logement n’est plus seulement considéré comme une politique sociale locale, mais comme un enjeu de compétitivité, de mobilité du travail et de cohésion européenne.

Quelles solutions peuvent fonctionner ?

Aucune mesure ne peut suffire seule. Protéger temporairement les ménages vulnérables peut éviter une expulsion sans solution de relogement, mais ne crée pas de nouveaux logements. Encadrer les prix peut soulager certains locataires, mais ses effets dépendent de son architecture et de la réaction de l’offre. Construire davantage suppose du foncier, des autorisations plus rapides, des investissements publics et privés et plusieurs années de réalisation.

La réponse doit donc combiner plusieurs niveaux. Les États peuvent renforcer les parcs publics et abordables, mobiliser les logements vacants, simplifier les procédures et protéger les ménages vulnérables. Les villes peuvent agir sur l’urbanisme, les permis et les usages touristiques. L’Union peut augmenter les financements, assouplir certaines aides publiques et orienter davantage de capitaux vers le logement abordable sans se substituer aux compétences nationales.

Une autre difficulté est celle du temps. L’Europe doit accroître structurellement l’offre, mais les ménages menacés aujourd’hui de perdre leur logement ne peuvent attendre plusieurs années la livraison de nouveaux programmes. Les mesures d’urgence doivent donc être distinguées des réformes capables de corriger le déficit.

Maricarmen, un cas qui peut se répéter

L’affaire Maricarmen a rouvert cette tension en Espagne. Sumar demande l’expropriation de son logement et presse le PSOE de présenter le nouveau décret anti-expulsions au prochain Conseil des ministres. Pedro Sánchez demande de son côté au Congrès de soutenir de nouvelles protections. Aucune de ces décisions ne peut, isolément, corriger le déséquilibre entre le nombre de ménages et les logements disponibles.

La question européenne n’est donc plus seulement de savoir comment empêcher la prochaine expulsion, mais comment éviter que dans cinq ans les administrations continuent à gérer des urgences produites par la même pénurie. La réponse suppose deux vitesses : protéger immédiatement ceux qui risquent de perdre leur logement et augmenter durablement l’offre abordable. Sans ce second volet, les États continueront à traiter les conséquences d’une crise dont la cause structurelle restera intacte.

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