MADRID — L’Unité centrale opérationnelle (UCO) de la Guardia Civil a demandé au juge Santiago Pedraz d’obtenir le gel immédiat au Portugal de comptes bancaires liés à des entreprises de Víctor de Aldama et de son associé Claudio Rivas. Cette demande intervient dans l’affaire des hydrocarbures, où l’Audience nationale enquête sur une fraude présumée à la TVA d’au moins 182,5 millions d’euros.
Le nouveau rapport policier, transmis au juge central d’instruction numéro 5, réclame une décision européenne d’enquête afin de sécuriser les soldes identifiés dans le pays voisin. Le magistrat a transmis les demandes au parquet anticorruption pour avis.
Plus de 78 millions dirigés vers le Portugal
Les 182,5 millions correspondent au montant global de la fraude fiscale présumée et non à l’argent localisé au Portugal. L’UCO estime que plus de 78 millions d’euros liés au fonctionnement du réseau ont été dirigés vers des sociétés portugaises. Dans ce flux, trois entreprises liées à Aldama auraient reçu plus de 8,8 millions d’euros.
Les enquêteurs demandent des informations et des mesures concernant plus de 70 comptes bancaires, dont certains liés à Villafuel, entreprise au centre des investigations. Ils cherchent également à expliquer un écart d’environ 14 millions d’euros apparu lors de la reconstitution des mouvements financiers.
Depuis plusieurs mois, l’UCO présente Aldama et Rivas comme les « idéologues » présumés et principaux responsables de la structure visée. Selon la Guardia Civil, le réseau aurait utilisé des sociétés instrumentales pour commercialiser des hydrocarbures avant d’éviter le reversement à l’administration fiscale de la TVA correspondante.
La piste portugaise prend de l’ampleur
Le Portugal figurait déjà dans les investigations. Début septembre, le Parquet européen avait signalé à Pedraz qu’entre 2022 et 2024 environ 27,9 millions d’euros provenant de comptes espagnols avaient rejoint le système bancaire portugais par l’intermédiaire de quatre sociétés : Canary Islans, Salamanca Fuel, Casmar Hidrocarburos et Obaiol 3000.
Le Parquet européen cherche à déterminer si des sociétés portugaises ont servi d’écrans pour déplacer puis réintroduire en Espagne des gains présumés illicites. Le nouveau rapport de l’UCO élargit le volume financier examiné et vise désormais à sécuriser les fonds qui resteraient disponibles sur les comptes.
Une instruction prolongée jusqu’en décembre
L’Audience nationale a prolongé en juin l’instruction de six mois, jusqu’en décembre 2026, en raison des investigations encore nécessaires. La procédure porte à la fois sur la fraude fiscale présumée, la destination de l’argent et les ramifications internationales du réseau.
Le gel demandé ne signifie pas que les sommes concernées sont définitivement considérées comme provenant d’une infraction. Il s’agit d’une mesure conservatoire destinée à empêcher leur déplacement pendant la poursuite de l’enquête. Aldama et les autres personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence dans cette procédure.
Le nom de « Víctor de Aldama » connaît mercredi une forte progression dans les recherches Google en Espagne. Ce regain d’intérêt coïncide avec la révélation du nouveau rapport de l’UCO et avec une enquête dont le volet financier se concentre désormais davantage sur le Portugal.

