MADRID — L’affaire Begoña Gómez entre définitivement dans une nouvelle phase. Le juge Juan Carlos Peinado a ordonné lundi l’ouverture du procès de l’épouse du président du gouvernement Pedro Sánchez pour des délits présumés de trafic d’influence et de détournement de fonds publics. Cette décision ne constitue ni une condamnation ni une déclaration de culpabilité : elle clôt la phase préalable et permet aux accusations d’être examinées lors d’un procès.
Son assistante à la Moncloa, Cristina Álvarez, sera également jugée pour un détournement présumé, en qualité de coopératrice nécessaire, concernant l’utilisation de ressources publiques. La décision intervient par ailleurs durant la semaine où Peinado doit prendre sa retraite.
Une affaire ouverte en avril 2024
L’enquête a commencé le 16 avril 2024 après une plainte de Manos Limpias fondée sur des informations de presse. La procédure avait initialement été ouverte pour de possibles délits de trafic d’influence et de corruption dans les affaires et portait sur différentes relations professionnelles de Gómez.
L’un des premiers volets concernait des marchés publics attribués à des entreprises liées à l’entrepreneur Juan Carlos Barrabés, qui participait à des activités universitaires liées à la chaire codirigée par Gómez à l’Université Complutense. L’enquête a notamment examiné des lettres de soutien signées par Gómez. Un rapport de l’UCO consacré à six marchés avait indiqué en 2024 que leur traitement s’était déroulé normalement et conformément aux principes de la commande publique.
La procédure s’est ensuite étendue aux activités de la chaire de Transformation sociale compétitive, au développement d’un logiciel et à l’utilisation de Cristina Álvarez, assistante chargée d’aider l’épouse du président à la Moncloa, pour certaines démarches liées à cette activité.
De quatre délits à deux
En avril 2026, Peinado avait clôturé l’instruction en proposant initialement de juger Gómez pour quatre délits : trafic d’influence, détournement de fonds publics, corruption dans les affaires et appropriation indue. Le magistrat avait alors écarté l’exercice illégal d’une profession, estimant les indices insuffisants.
Mais le périmètre a ensuite été réduit. En juillet, l’Audience provinciale de Madrid a maintenu la procédure devant un jury populaire pour trafic d’influence et détournement de fonds publics, tout en écartant les deux autres qualifications retenues par le juge d’instruction. Elle a également levé les mesures qui interdisaient à Gómez de quitter l’Espagne et ordonné la restitution de son passeport.
Après l’audience préliminaire du 8 septembre, Peinado formalise désormais l’ouverture du procès sur ces deux délits. Cette évolution procédurale est essentielle : l’affaire qui arrivera devant le tribunal ne correspond pas à l’ensemble des faits examinés pendant plus de deux ans.
Le procès devra séparer politique et preuve pénale
Depuis son ouverture, l’affaire possède une dimension politique exceptionnelle en raison du statut de Gómez, épouse du président du gouvernement. Pedro Sánchez avait suspendu son agenda pendant cinq jours en avril 2024 afin de réfléchir à son maintien au pouvoir, avant de dénoncer une stratégie de harcèlement politique visant son entourage. PP et Vox ont au contraire utilisé la procédure pour réclamer des responsabilités politiques au chef de l’exécutif.
L’ouverture du procès déplace désormais le centre de gravité du dossier. Il ne s’agit plus de déterminer quelles investigations doivent être menées, mais de démontrer devant un tribunal les faits précis soutenant les accusations. Begoña Gómez conserve pleinement la présomption d’innocence.
La question déterminante sera de savoir si les preuves permettent d’établir les éléments constitutifs des deux délits ayant résisté au parcours judiciaire : une éventuelle influence liée à sa position et une possible utilisation irrégulière de ressources publiques. Après une instruction exceptionnellement longue et controversée, c’est le procès — et non le poids politique accumulé autour de l’affaire — qui devra déterminer son éventuelle responsabilité pénale.

