{"id":13092,"date":"2026-10-08T18:00:00","date_gmt":"2026-10-08T16:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.olanext.eu\/?p=13092"},"modified":"2026-10-08T17:45:16","modified_gmt":"2026-10-08T15:45:16","slug":"analyse-pedro-sanchez-29-novembre-avenir-psoe-logement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/analyse-pedro-sanchez-29-novembre-avenir-psoe-logement\/","title":{"rendered":"Analyse | Pedro S\u00e1nchez face au 29 novembre : le PSOE joue-t-il davantage que le gouvernement ?"},"content":{"rendered":"<p>MADRID \u2014 En quinze jours \u00e0 peine, l&rsquo;Espagne est pass\u00e9e de l&rsquo;expulsion d&rsquo;une femme de 87 ans de son logement \u00e0 la convocation d&rsquo;\u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es. La mort de Maricarmen Abascal, le 7 octobre, a donn\u00e9 une dimension humaine \u00e0 une crise qui avait d\u00e9j\u00e0 atteint la pr\u00e9sidence du gouvernement. Pedro S\u00e1nchez aborde le scrutin du 29 novembre avec une double question : la continuit\u00e9 de son projet politique et la capacit\u00e9 du PSOE \u00e0 construire une nouvelle \u00e9tape apr\u00e8s pr\u00e8s d&rsquo;une d\u00e9cennie marqu\u00e9e par son leadership.<\/p>\n<p>La chronologie est exceptionnelle. Le 23 septembre, Maricarmen a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9e du logement madril\u00e8ne qu&rsquo;elle occupait depuis 71 ans. Son cas a suscit\u00e9 manifestations, mobilisations et campement sur la Puerta del Sol. Le gouvernement a r\u00e9pondu par deux d\u00e9crets sur le logement, publi\u00e9s les 30 septembre et 1er octobre. Tous deux ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s par le Congr\u00e8s le 2 octobre. Trois jours plus tard, S\u00e1nchez annon\u00e7ait des \u00e9lections anticip\u00e9es pour le 29 novembre.<\/p>\n<p>Le 7 octobre, Maricarmen est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Gregorio Mara\u00f1\u00f3n, sans avoir pu retrouver son domicile malgr\u00e9 un accord visant \u00e0 permettre son retour. Mais la crise politique n&rsquo;est pas n\u00e9e de cette expulsion : elle s&rsquo;accumulait depuis des ann\u00e9es sur le march\u00e9 r\u00e9sidentiel et dans la fragilit\u00e9 des accords parlementaires.<\/p>\n<h2>Une crise sociale d\u00e9j\u00e0 visible dans les statistiques<\/h2>\n<p>Selon l&rsquo;Institut national espagnol de la statistique, les prix des logements ont progress\u00e9 de 12,2 % sur un an au deuxi\u00e8me trimestre 2026. La hausse atteint 12,9 % pour les logements anciens et 7,4 % pour les logements neufs. Entre avril et juin seulement, l&rsquo;augmentation globale a \u00e9t\u00e9 de 3,4 %.<\/p>\n<p>Ces chiffres d\u00e9crivent un march\u00e9 o\u00f9 les prix augmentent plus rapidement que les revenus de nombreux m\u00e9nages. Le manque d&rsquo;offre dans certaines m\u00e9tropoles, la pression d\u00e9mographique et les difficult\u00e9s \u00e0 constituer un apport immobilier aggravent la situation. Le d\u00e9part tardif des jeunes du foyer familial et le poids des loyers sont devenus des facteurs majeurs d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Madrid, Barcelone et les autres march\u00e9s tendus sont particuli\u00e8rement concern\u00e9s, mais les villes interm\u00e9diaires et les territoires touristiques le sont aussi. Sur l&rsquo;arc m\u00e9diterran\u00e9en, de la Catalogne \u00e0 la Communaut\u00e9 valencienne et aux Bal\u00e9ares, les besoins en r\u00e9sidences principales coexistent avec une forte pression touristique.<\/p>\n<p>Maricarmen n&rsquo;incarnait pas le profil habituel des jeunes cherchant leur premier logement. Son cas soulevait une autre question : la protection de personnes ayant v\u00e9cu des d\u00e9cennies dans leur logement et risquant de le perdre \u00e0 la suite d&rsquo;un changement de propri\u00e9taire ou d&rsquo;un conflit locatif. Plusieurs g\u00e9n\u00e9rations ont ainsi pu se reconna\u00eetre dans une m\u00eame mobilisation.<\/p>\n<h2>Quand le Congr\u00e8s transforme la crise en rupture institutionnelle<\/h2>\n<p>Le gouvernement a r\u00e9pondu par deux d\u00e9crets-lois royaux consacr\u00e9s au logement et aux baux. Leur rejet le 2 octobre, avec les voix oppos\u00e9es du PP, de Vox, de Junts et de l&rsquo;UPN, a montr\u00e9 que la majorit\u00e9 ayant permis l&rsquo;investiture ne garantissait pas une majorit\u00e9 l\u00e9gislative stable.<\/p>\n<p>La position de Junts \u00e9tait particuli\u00e8rement importante. L&rsquo;ex\u00e9cutif d\u00e9pendait d&rsquo;accords avec des formations dont les int\u00e9r\u00eats territoriaux, \u00e9conomiques et parlementaires ne co\u00efncidaient pas toujours avec ceux du PSOE et de ses alli\u00e9s de gauche.<\/p>\n<p>Ce blocage n&rsquo;imposait pas constitutionnellement la tenue d&rsquo;\u00e9lections. La dissolution a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9cision politique du pr\u00e9sident apr\u00e8s une d\u00e9faite parlementaire majeure. S\u00e1nchez pouvait la pr\u00e9senter comme une demande de nouveau mandat populaire ; ses adversaires comme la reconnaissance d&rsquo;une l\u00e9gislature \u00e0 bout de souffle. Ces interpr\u00e9tations rel\u00e8vent du d\u00e9bat politique.<\/p>\n<p>Tout gouvernement issu du 29 novembre devra n\u00e9anmoins construire des majorit\u00e9s pour adopter budgets, r\u00e9formes et mesures sur le logement. Les difficult\u00e9s de gouvernabilit\u00e9 ne dispara\u00eetront pas automatiquement avec le scrutin.<\/p>\n<h2>Huit ann\u00e9es au pouvoir et une d\u00e9cennie de leadership<\/h2>\n<p>Pedro S\u00e1nchez est arriv\u00e9 \u00e0 la Moncloa en juin 2018 par une motion de censure contre Mariano Rajoy. Il avait auparavant travers\u00e9 la crise interne du PSOE de 2016, quitt\u00e9 la direction du parti, puis reconquis le secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral lors des primaires de mai 2017. Cette victoire avait r\u00e9organis\u00e9 les \u00e9quilibres internes et renforc\u00e9 le lien direct entre le dirigeant et les militants.<\/p>\n<p>Depuis, il a dirig\u00e9 diff\u00e9rentes coalitions et n\u00e9goci\u00e9 avec des forces politiques vari\u00e9es. Son maintien \u00e0 la t\u00eate du gouvernement apr\u00e8s les \u00e9lections de 2023 a repos\u00e9 sur une majorit\u00e9 complexe, dont les engagements ne pouvaient pas n\u00e9cessairement \u00eatre reproduits \u00e0 chaque vote parlementaire.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience constitue une dimension essentielle de son parcours. Elle pose aussi une question au PSOE : dans quelle mesure l&rsquo;identit\u00e9 politique du parti est-elle d\u00e9sormais li\u00e9e \u00e0 son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral ? Cela ne signifie pas qu&rsquo;une succession soit ouverte ni ne permet d&rsquo;anticiper les d\u00e9cisions personnelles de S\u00e1nchez.<\/p>\n<h2>Le 29 novembre et les limites des sondages<\/h2>\n<p>Les enqu\u00eates d&rsquo;opinion publi\u00e9es au d\u00e9but de la campagne situent le PSOE en dessous de son r\u00e9sultat des l\u00e9gislatives de 2023, lorsqu&rsquo;il avait obtenu 121 si\u00e8ges et environ 31,7 % des suffrages. Un sondage mesure des intentions \u00e0 une date pr\u00e9cise, avec des limites li\u00e9es \u00e0 la m\u00e9thode, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chantillon et \u00e0 l&rsquo;estimation de participation.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me \u00e9lectoral espagnol r\u00e9partit en outre les si\u00e8ges par circonscriptions provinciales. Les pourcentages nationaux ne se transforment pas m\u00e9caniquement en majorit\u00e9s parlementaires. Le scrutin du 29 novembre combinera donc soutien \u00e9lectoral, r\u00e9partition territoriale des voix et possibilit\u00e9s d&rsquo;accords d&rsquo;investiture.<\/p>\n<p>Pour S\u00e1nchez, la campagne pose la question du projet \u00e0 d\u00e9fendre apr\u00e8s huit ann\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sidence. Sur le logement, il devra expliquer ses nouvelles propositions comme les r\u00e9sultats des politiques d\u00e9j\u00e0 men\u00e9es. Le PP devra pr\u00e9ciser son alternative, tandis que Vox, les formations \u00e0 gauche du PSOE et les partis territoriaux d\u00e9fendront leurs propres priorit\u00e9s.<\/p>\n<h2>Existe-t-il un PSOE apr\u00e8s le \u00ab sanchisme \u00bb ?<\/h2>\n<p>Le PSOE conserve une structure territoriale solide et des responsables occupant des fonctions minist\u00e9rielles et r\u00e9gionales. Mar\u00eda Jes\u00fas Montero est vice-secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale ; Salvador Illa dirige la Catalogne et Emiliano Garc\u00eda-Page pr\u00e9side la Castille-La Manche. \u00d3scar L\u00f3pez, Diana Morant et \u00c1ngel V\u00edctor Torres exercent \u00e9galement d&rsquo;importantes responsabilit\u00e9s politiques.<\/p>\n<p>Leurs trajectoires et leurs ancrages territoriaux diff\u00e8rent. Aucune succession f\u00e9d\u00e9rale n&rsquo;est officiellement ouverte et il serait pr\u00e9matur\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9ter leurs fonctions comme des candidatures \u00e0 des primaires. La question de fond concerne les m\u00e9canismes permettant au parti de renouveler sa direction, mais surtout son projet.<\/p>\n<p>La social-d\u00e9mocratie espagnole devra r\u00e9pondre aux enjeux du logement, des salaires, de la productivit\u00e9, des in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rationnelles, du financement r\u00e9gional et de la transformation \u00e9conomique. Elle devra \u00e9galement d\u00e9finir ses relations avec les formations situ\u00e9es \u00e0 sa gauche et les partis nationalistes et r\u00e9gionalistes, dont les voix ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminantes au cours de plusieurs l\u00e9gislatures.<\/p>\n<p>Un \u00e9ventuel changement de direction ne r\u00e9soudrait pas automatiquement ces contradictions : il exigerait un d\u00e9bat programmatique et organisationnel plus large.<\/p>\n<h2>Trois configurations pour la prochaine l\u00e9gislature<\/h2>\n<p>Une premi\u00e8re configuration serait une investiture de S\u00e1nchez soutenue par une majorit\u00e9 suffisante. La continuit\u00e9 du gouvernement imposerait de ren\u00e9gocier les appuis n\u00e9cessaires aux grandes d\u00e9cisions l\u00e9gislatives et budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me se pr\u00e9senterait si une majorit\u00e9 alternative permettait l&rsquo;investiture d&rsquo;un autre pr\u00e9sident. Le PSOE devrait alors d\u00e9finir sa strat\u00e9gie d&rsquo;opposition et d\u00e9cider, par ses instances internes, de l&rsquo;organisation de la prochaine \u00e9tape.<\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me correspondrait \u00e0 un Congr\u00e8s fragment\u00e9, sans accord suffisant pour une investiture, ouvrant de nouvelles n\u00e9gociations encadr\u00e9es par les proc\u00e9dures et d\u00e9lais constitutionnels. Aucun de ces sc\u00e9narios ne d\u00e9coule m\u00e9caniquement d&rsquo;un sondage national et aucun n&rsquo;implique en lui-m\u00eame une d\u00e9cision sur la direction socialiste.<\/p>\n<h2>Maricarmen, la politique et les limites d&rsquo;une l\u00e9gislature<\/h2>\n<p>La mort de Maricarmen Abascal met fin \u00e0 une histoire personnelle qui a connu un retentissement public consid\u00e9rable. Son expulsion et les mobilisations qui ont suivi ont co\u00efncid\u00e9 avec une crise parlementaire ayant modifi\u00e9 le calendrier politique. Il serait pourtant erron\u00e9 d&rsquo;attribuer \u00e0 une seule personne la responsabilit\u00e9 d&rsquo;une crise institutionnelle accumul\u00e9e pendant des ann\u00e9es, ou de faire de son d\u00e9c\u00e8s l&rsquo;explication unique des \u00e9lections.<\/p>\n<p>La port\u00e9e politique de son histoire est d&rsquo;avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la distance entre les besoins sociaux, les r\u00e9ponses administratives et la capacit\u00e9 du Parlement \u00e0 trouver des compromis. S\u00e1nchez aborde les \u00e9lections avec le logement au centre de l&rsquo;agenda. Le PSOE doit aussi examiner une question ind\u00e9pendante du seul r\u00e9sultat \u00e9lectoral : comment pr\u00e9server une identit\u00e9 politique reconnaissable et sa capacit\u00e9 de renouvellement apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de leadership.<\/p>\n<p>Le 29 novembre, les Espagnols \u00e9liront de nouvelles Cortes. Ils confronteront aussi les r\u00e9ponses des forces politiques \u00e0 une crise du logement qui a mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve la confiance dans les institutions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Crise du logement, dissolution des Cortes et d\u00e9c\u00e8s de Maricarmen Abascal : les enjeux du scrutin et de l&rsquo;avenir du PSOE.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":13096,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wprm-recipe-roundup-name":"","wprm-recipe-roundup-description":"","footnotes":""},"categories":[71],"tags":[477,773,1134,1072,1074,114,270,1160,417],"tmauthors":[57],"class_list":["post-13092","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-analyses","tag-crise-du-logement","tag-crisis-de-vivienda","tag-elections-espagnoles","tag-maricarmen-abascal","tag-pedro-sanchez","tag-politique-espagnole","tag-psoe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13092","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13092"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13092\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13098,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13092\/revisions\/13098"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13096"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13092"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13092"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13092"},{"taxonomy":"tmauthors","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.olanext.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tmauthors?post=13092"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}