EU PULSE | Bruxelles oblige Google à ouvrir Android aux assistants d’intelligence artificielle concurrents

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BRUXELLES – La Commission européenne a adopté jeudi deux décisions juridiquement contraignantes obligeant Google à ouvrir des fonctions stratégiques d’Android aux assistants d’intelligence artificielle de ses concurrents et à faciliter l’accès de certains opérateurs alternatifs aux données de son moteur de recherche.

L’intervention s’inscrit dans l’application du règlement sur les marchés numériques (DMA), qui impose des obligations particulières aux grandes plateformes considérées comme des « contrôleurs d’accès ». Android équipe environ 60 % des appareils mobiles utilisés dans l’Union européenne, selon la Commission.

À l’heure actuelle, les assistants installés par l’utilisateur disposent d’un accès limité à des fonctions que Google réserve principalement à Gemini. Les mesures européennes devront permettre aux services concurrents d’être activés par une commande vocale personnalisée, d’interagir avec d’autres applications et d’exécuter des actions au nom de l’utilisateur.

Un assistant alternatif pourra, par exemple, rédiger et envoyer un courriel, programmer une réunion, commander un taxi, modifier certains réglages du téléphone ou accomplir une tâche dans une application. Cet accès restera soumis au consentement de l’utilisateur ainsi qu’aux exigences de confidentialité, de sécurité et d’intégrité de l’appareil.

Onze fonctions d’Android ouvertes aux tiers

La décision concerne onze fonctions du système d’exploitation regroupées dans quatre grands domaines : activation de l’assistant, accès au contexte de l’utilisateur, interaction avec les applications et ressources techniques de l’appareil.

Google devra également permettre aux fournisseurs alternatifs d’accéder, dans des conditions équivalentes, à certaines capacités disponibles pour ses propres services. Cela inclut l’exécution de tâches en arrière-plan, l’accès aux modèles d’intelligence artificielle installés sur l’appareil et l’utilisation de capteurs comme le microphone, la caméra ou l’écran, toujours avec l’autorisation de l’utilisateur.

Cette ouverture ne sera toutefois pas immédiate. Google devra intégrer la plupart des mesures dans Android 18 et, au plus tard, avant le 1er août 2027. L’activation simultanée de plusieurs assistants par commande vocale devra être disponible avec Android 19 avant le 1er août 2028.

Les données de Google Search également ouvertes

Une seconde décision oblige Google à améliorer l’accès des moteurs concurrents à des données anonymisées portant sur les requêtes, le classement, les clics et les affichages. Les assistants d’IA intégrant des fonctions de recherche pourront également demander cet accès s’ils remplissent les critères établis.

La mesure n’oblige pas Google à révéler ses algorithmes ni sa technologie. Les données ne pourront être utilisées que pour développer et améliorer des services de recherche, et non pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle généralistes.

Google devra publier avant la fin août les informations nécessaires aux bénéficiaires potentiels pour demander l’accès. Le jeu de données anonymisé devra être prêt en novembre et l’offre économique définitive en janvier 2027.

Une opportunité pour l’écosystème numérique européen

Pour les entreprises technologiques européennes, la décision réduit l’une des principales barrières à l’entrée sur le marché mobile : l’intégration privilégiée de Gemini dans Android. Les start-up et développeurs pourront construire des assistants capables d’agir sur l’appareil avec un niveau d’accès plus proche de celui de Google.

L’ouverture peut également créer de nouvelles perspectives pour les moteurs spécialisés, les services centrés sur la protection de la vie privée et les solutions d’intelligence artificielle développées dans des langues comme l’espagnol, le français ou le catalan.

Bruxelles ne crée pas un système d’exploitation européen, mais cherche à transformer Android en une infrastructure plus ouverte au sein du marché communautaire. Le véritable test commencera avec la mise en œuvre technique : la Commission surveillera pendant les deux prochaines années que Google n’introduise pas d’obstacles ou de frictions maintenant, dans la pratique, l’avantage de ses propres services.

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