BARCELONE — Plusieurs grands propriétaires de logements locatifs ont décidé de suspendre la signature de nouveaux baux et de maintenir temporairement certains appartements hors du marché jusqu’aux élections législatives espagnoles du 29 novembre. Parmi les acteurs cités figurent Avalon Properties, DeA Capital, Harrison Street, Patrizia, le groupe familial Núñez i Navarro et l’assureur AXA. Leurs portefeuilles représentent ensemble plus de 10 000 logements, un chiffre qui ne correspond pas au nombre d’appartements actuellement vacants.
Des contrats gelés dans l’attente du cadre juridique
Selon le quotidien, ces propriétaires souhaitent attendre des précisions sur les nouvelles règles encadrant le logement et sur les éventuelles évolutions après le scrutin. Ils ont suspendu la conclusion de nouveaux contrats. Rien ne permet cependant d’affirmer que les plus de 10 000 logements de leurs portefeuilles sont tous vides ou qu’ils ont tous été retirés des annonces.
Cette décision intervient après plusieurs semaines de débats sur la réglementation des loyers et la convocation d’élections anticipées. Pour les candidats à la location, toute interruption de commercialisation risque de réduire encore le choix disponible dans les zones urbaines où la demande dépasse déjà largement l’offre.
Plus de 6 500 annonces disparues en deux semaines
Les données récentes des portails immobiliers confirment une contraction du nombre d’annonces. Selon Atlas Real Estate Analytics, dans une étude réalisée pour l’Association des propriétaires de logements locatifs (ASVAL), les offres publiées en Espagne sont passées de 81 035 le 15 septembre à 74 450 le 1er octobre. Cela représente 6 585 annonces en moins, soit une baisse de 8,1 % en deux semaines.
Cette évolution ne prouve pas que toutes ces habitations sont restées physiquement inoccupées, ni que le recul résulte uniquement d’une décision des grands bailleurs. Des logements peuvent avoir été loués, retirés des plateformes ou remplacés par de nouvelles annonces.
La Catalogne et l’Aragon particulièrement concernés
En Catalogne, le nombre d’annonces est passé de 5 608 à 5 008, soit 600 logements proposés en moins et une baisse de 10,7 %. En Aragon, le recul atteint 11,1 %. La Communauté valencienne a perdu 862 annonces, soit 6 %, tandis que les Baléares ont connu une diminution nettement plus limitée, de l’ordre de 1 %.
Ces tendances concernent directement la façade méditerranéenne, où les tensions sur le logement s’ajoutent aux besoins du tourisme, aux mobilités professionnelles et à la demande dans les grandes agglomérations. Barcelone figure parmi les marchés les plus tendus, mais les chiffres disponibles ne permettent pas d’identifier combien des logements retenus par les grands propriétaires se trouvent précisément dans la ville.
Le logement au cœur de la campagne électorale
Les professionnels de l’immobilier estiment que l’incertitude réglementaire peut pousser certains bailleurs à différer leurs décisions. D’autres spécialistes soulignent la nécessité d’augmenter le nombre de logements disponibles tout en renforçant la protection des locataires vulnérables. L’économiste Carme Trilla a notamment défendu une combinaison de ces objectifs et un meilleur système de garanties publiques.
À l’approche du 29 novembre, plusieurs acteurs préfèrent donc attendre. Cette suspension des nouveaux baux, rapportée par la presse, ne constitue pas une décision générale de tous les grands propriétaires. Son effet sur le marché dépendra du nombre exact de logements concernés et de la date de leur remise en location.

