MADRID — La Banque d’Espagne avertit que la construction de logements reste insuffisante pour répondre à la demande, alors que l’inflation devrait demeurer élevée au cours des deux prochaines années. Dans ses projections publiées vendredi 9 octobre, l’institution relève sa prévision de croissance à 2,6 % en 2026 et 2,2 % en 2027, mais anticipe une inflation de 3,9 % puis de 3,7 %.
Le manque de main-d’œuvre, la pénurie de terrains immédiatement constructibles et la lenteur des procédures d’aménagement figurent parmi les principaux freins à l’offre de logements. S’y ajoutent la hausse des coûts de construction, les difficultés de raccordement au réseau électrique et la durée des chantiers.
Un déficit qui pourrait approcher un million de logements
Selon les estimations présentées par la Banque d’Espagne, le déficit actuel avoisine 750 000 logements et pourrait se rapprocher du million dans les deux prochaines années. Le nombre de chantiers engagés avait progressé depuis 2024, mais leur rythme ralentit en 2026. Les permis de construire ne se transforment pas suffisamment vite en habitations achevées pour répondre à la création de nouveaux ménages.
Le délai moyen de construction atteint près de trois ans. Une accélération des investissements ne produirait donc pas immédiatement de logements supplémentaires. Les programmes publics de logement protégé pourraient soutenir l’activité à partir de 2027, mais l’institution souligne que la reprise dépendra surtout de la résolution des blocages structurels.
Une croissance robuste face à des prix toujours élevés
L’économie espagnole conserve un dynamisme porté par la consommation, l’emploi et la hausse de la population liée à l’immigration. Les projections de PIB sont relevées de 0,3 point pour 2026 et de 0,5 point pour 2027 par rapport à juin. En revanche, les prévisions d’inflation augmentent de 0,3 point cette année et de 1,1 point l’an prochain.
Le renchérissement du pétrole et du gaz, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient et des perturbations du détroit d’Ormuz, pèse sur les perspectives. La Banque d’Espagne prévoit des factures d’énergie élevées pendant l’automne et l’hiver. La production renouvelable atténue une partie de la dépendance espagnole aux fluctuations du gaz, tandis que les mesures fiscales gouvernementales réduisent partiellement le coût supporté par les ménages.
Logement et énergie, deux défis pour les territoires méditerranéens
En Catalogne et dans la Communauté valencienne, les tensions sur le logement et les coûts énergétiques concernent directement les ménages, les promoteurs et les entreprises. Les difficultés d’accès au foncier et au réseau électrique peuvent retarder des projets. Il s’agit toutefois d’une lecture territoriale des risques nationaux, et non de prévisions régionales distinctes publiées par la Banque d’Espagne.
Une inflation durablement supérieure à celle de la zone euro pourrait également affaiblir le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises espagnoles. Les coûts de production, les conditions de financement et l’incertitude continueront de peser sur l’investissement. Derrière la résistance de la croissance, la Banque d’Espagne souligne ainsi deux déséquilibres persistants : le manque de logements et le prix de l’énergie.

