MADRID — La défense de l’ancien président du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero tente une nouvelle fois d’écarter la maison Yanes de la nouvelle expertise des bijoux saisis dans le coffre-fort de son bureau. Après le rejet du juge d’instruction José Luis Calama, l’ancien chef du gouvernement a désormais saisi la chambre pénale de l’Audiencia Nacional en invoquant un « vice d’impartialité objective » de l’expert judiciaire.
Le nouveau recours reprend l’argument développé par la défense depuis septembre : le directeur général de Yanes s’était publiquement exprimé sur les bijoux avant que la maison ne soit désignée pour réaliser la seconde expertise judiciaire. Selon Zapatero, ces déclarations permettent de mettre en cause l’apparence d’impartialité de l’entreprise même si l’analyse est finalement effectuée par un autre professionnel de la maison.
La défense considère que tout salarié chargé de l’expertise resterait membre d’une entreprise dont le dirigeant a déjà publiquement avancé une appréciation des pièces. Le recours demande donc à la chambre pénale de revoir la décision de Calama et d’écarter Yanes de la mission.
Calama avait déjà rejeté la récusation
Le juge de l’Audiencia Nacional avait auparavant rejeté la demande en estimant que Zapatero n’avait identifié ni démontré aucune des causes prévues par la loi permettant de récuser un expert. Dans sa décision, Calama a considéré que les déclarations publiques invoquées par la défense ne suffisaient pas à établir un lien de parenté, d’amitié, d’inimitié ou un intérêt personnel direct ou indirect dans l’issue de la procédure.
Le magistrat a également confirmé la seconde expertise et refusé qu’un expert choisi par Zapatero participe conjointement à l’examen. La défense conserve néanmoins la possibilité de produire sa propre contre-expertise.
Le parquet anticorruption a soutenu la réalisation de cette nouvelle évaluation. La seconde expertise ne doit pas seulement déterminer la valeur des pièces : elle vise également à approfondir certains éléments concernant leur origine et leur fabrication.
Plus de 60 pièces déjà évaluées à plus de 1,3 million d’euros
Les bijoux ont été découverts par la Police nationale en mai lors de la perquisition du bureau de Zapatero dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Plus Ultra. Plus de 60 pièces ont fait l’objet d’une première expertise par la maison Ansorena, qui a estimé leur valeur totale à plus de 1,3 million d’euros.
Zapatero conteste cette évaluation et affirme que les bijoux proviennent d’un cadeau personnel reçu en 2007 de l’ancien roi d’Arabie saoudite Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud lors d’une visite officielle du souverain en Espagne. La provenance et l’ancienneté des pièces constituent des éléments importants des investigations conduites par l’Audiencia Nacional.
La nouvelle expertise confiée à Yanes a déjà commencé alors que la bataille procédurale se poursuit. La prochaine décision revient désormais à la chambre pénale, qui devra déterminer si elle confirme le raisonnement du juge d’instruction ou retient les arguments de la défense sur l’apparence d’impartialité de la maison désignée.

