MADRID — Pedro Sánchez a été interrogé par des étudiants de l’université Harvard sur les affaires de corruption touchant son environnement politique, les procédures judiciaires concernant son épouse et son frère, l’espionnage par Pegasus, le Sahara occidental et le rôle de l’ancien chef du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero au Venezuela. La séquence de questions a ainsi détourné une partie du débat, initialement consacré au pouvoir des grandes entreprises technologiques et à la régulation de l’intelligence artificielle.
Le président du gouvernement espagnol a reconnu que l’exécutif comme le PSOE avaient été confrontés à « certains cas de corruption », tout en défendant la réponse apportée. Il a en revanche refusé de ranger dans cette catégorie les procédures concernant son épouse, Begoña Gómez, et son frère, David Sánchez. Face à un étudiant associant ces dossiers à la corruption, Sánchez a parlé d’« autres choses » relevant selon lui de la « politique sale » et accusé l’opposition ainsi que certaines associations d’extrême droite d’avoir franchi des « lignes rouges ».
L’échange a également porté sur l’un des dossiers les plus sensibles de la relation entre l’Espagne et le Maroc. Interrogé sur l’espionnage au moyen de Pegasus et sur une éventuelle influence de cet épisode dans le changement de position espagnol sur le Sahara occidental, Sánchez a confirmé que son téléphone et ceux de plusieurs ministres avaient été piratés, mais rappelé que l’auteur de cette opération n’avait pas été publiquement identifié.
« Nous ne savons pas qui l’a fait », a-t-il déclaré, en rappelant que l’affaire avait été portée devant l’Audience nationale. Le chef du gouvernement a rejeté l’idée que ses décisions concernant le Maroc et le Sahara aient résulté de pressions extérieures et assuré avoir agi conformément aux intérêts de l’Espagne.
Le Venezuela s’invite dans les échanges
Une autre question a porté sur José Luis Rodríguez Zapatero. Un étudiant a demandé à Sánchez s’il réclamerait des élections présidentielles libres au Venezuela et s’il prendrait ses distances avec l’ancien dirigeant socialiste en raison de ses relations avec le chavisme.
Sánchez a rappelé que l’Espagne n’avait pas reconnu les résultats électoraux de Nicolás Maduro et affirmé avoir toujours défendu la tenue d’élections libres, ajoutant que l’avenir du pays devait être décidé par les Vénézuéliens. Il n’a toutefois pas répondu à la partie de la question portant directement sur Zapatero.
La politique espagnole a ainsi occupé une large partie de la fin d’un forum dans lequel Sánchez avait initialement appelé à limiter le pouvoir des grands groupes technologiques. Il a mis en garde contre des algorithmes conçus, selon lui, pour peser sur l’attention et le débat public et défendu une régulation plus stricte de l’intelligence artificielle face au pouvoir de ceux qu’il qualifie de « technooligarques ».

