CEUTA — Le 23 septembre est entouré en rouge depuis plusieurs jours à Ceuta. Un appel diffusé sur les réseaux sociaux invite à tenter une nouvelle entrée en coïncidant avec les élections législatives marocaines. Des groupes de migrants ont été repérés au Maroc relativement près de la frontière. Mais, à quelques heures de l’échéance, aucune source officielle ne fournit d’estimation fiable du nombre de participants et José Manuel Albares affirme que ces appels n’ont pas l’impact observé avant la crise de la fin juillet.
Cette nuance est essentielle : l’Espagne se prépare à un risque, pas à une entrée massive confirmée. La principale différence avec les 30 et 31 juillet est que la date, l’appel et le scénario sont cette fois connus à l’avance.
L’Espagne renforce le Tarajal avant le 23 septembre
Fernando Grande-Marlaska a confirmé à Ceuta l’envoi d’agents supplémentaires des Grupos de Reserva y Seguridad de la Guardia Civil à Ceuta et Melilla. L’Intérieur maintient également un dispositif de renseignement et de surveillance des sources destiné à évaluer les alertes. Les Affaires étrangères ont ajouté une campagne contre la désinformation via l’ambassade, les consulats et les médias marocains.
La coordination avec Rabat sera déterminante. Albares maintient des contacts avec Nasser Bourita et affirme avoir demandé des mesures préventives. Le précédent du 15 août, lorsqu’un autre appel ne s’était pas traduit par une entrée comparable à celle de juillet, montre combien le contrôle des concentrations avant leur arrivée au périmètre peut peser sur l’issue.
Les documents révélés après la crise de juillet influencent aussi la réponse. Des rapports de la Police, de la Guardia Civil, du CNI et d’autres organismes avaient identifié des signaux de risque avant le 30 juillet, même si le gouvernement affirme qu’aucun n’avait anticipé l’ampleur finale. Le 23 septembre est donc abordé avec une sensibilité beaucoup plus forte à tout mouvement de l’autre côté de la frontière.
Frontex mobilisée, mais sans se substituer à l’Espagne
La dimension européenne est désormais plus importante, mais sa portée doit être précisée. La Commission européenne a accordé 114,7 millions d’euros d’aide d’urgence à l’Espagne et confirmé que Frontex, Europol et l’Agence de l’Union européenne pour l’asile avaient répondu positivement à la demande espagnole d’assistance opérationnelle. Les fonds doivent financer surveillance frontalière, caméras thermiques, systèmes d’observation, bouées, drones sous-marins ainsi que du personnel et des équipements supplémentaires.
L’Espagne a également demandé une présence accrue de Frontex à Ceuta et une implantation permanente sur des points stratégiques. Mais les informations publiques disponibles ne présentent pas Frontex comme la force appelée à prendre demain le contrôle opérationnel du Tarajal. La première ligne reste espagnole, en coordination avec le Maroc. Frontex fournit capacités européennes, moyens et assistance à ce dispositif.
Trois scénarios pour demain
Le premier, compatible avec les signaux officiels actuels, serait une mobilisation limitée, contenue avant d’atteindre la frontière. Un deuxième verrait des groupes tenter de s’approcher du Tarajal, de la clôture ou des voies maritimes, obligeant à engager pleinement les renforts sans reproduire la crise de juillet.
Le scénario le plus lourd serait une concentration simultanée et nombreuse capable de dépasser les contrôles marocains et de mettre plusieurs points sous pression. Aucun élément public suffisamment solide ne permet actuellement d’affirmer qu’il se produira.
Ceuta devra en outre gérer tout incident avec des capacités déjà sous tension : des milliers de personnes arrivées lors de la crise précédente restent dans la ville et les moyens policiers, administratifs et d’accueil demeurent mobilisés. La réussite du 23 septembre ne se mesurera donc pas uniquement au Tarajal. Le véritable test sera la capacité de l’Espagne, du Maroc et de l’appui européen à détecter et contenir toute concentration avant qu’elle ne redevienne une crise frontalière.

