CEUTA — Alberto Núñez Feijóo a porté lundi la crise migratoire de Ceuta sur le terrain européen. Accompagné du président du Parti populaire européen, Manfred Weber, et du président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, le dirigeant du PP a demandé au gouvernement d’activer les mécanismes de l’Union européenne afin d’accélérer les retours des migrants arrivés du Maroc fin juillet et de solliciter un renforcement de Frontex dans la ville.
Feijóo affirme que le Pacte sur la migration et l’asile et les nouvelles règles européennes relatives au retour permettent une gestion « immédiate » si l’Espagne demande à Bruxelles d’activer ces instruments. Il réclame également une présence européenne accrue à Ceuta, avec davantage d’agents de Frontex, pour participer aux retours mais aussi renforcer la frontière extérieure.
Des retours plus rapides, mais pas automatiques
Le Pacte européen sur la migration et l’asile est pleinement entré en application le 12 juin. Il prévoit notamment l’enregistrement obligatoire des arrivées irrégulières, des contrôles d’identité, de sécurité et de vulnérabilité ainsi que des procédures frontalières accélérées d’asile et de retour.
Ce cadre ne signifie toutefois pas que toutes les personnes entrées irrégulièrement peuvent être automatiquement renvoyées. Leur situation juridique doit être déterminée et une éventuelle demande de protection internationale examinée. Les mineurs et les autres personnes vulnérables bénéficient en outre de garanties spécifiques.
Le gouvernement affirme avoir déjà engagé ce processus. Le ministre Ángel Víctor Torres estime qu’un peu plus de 3 000 migrants vivent encore dans les rues de Ceuta et prévoit leur relogement ainsi que le traitement des dossiers de retour dans les prochaines semaines. Selon ses chiffres, entre 150 et 200 personnes retournent volontairement chaque jour au Maroc.
Frontex au centre du débat politique
La présence de Weber renforce la dimension européenne de la crise. Le président du PPE a averti Rabat que l’incapacité à stabiliser les frontières européennes aurait des conséquences sur les relations avec le Maroc, tout en insistant sur la nécessité de maintenir une coopération entre partenaires.
Reuters évaluait récemment à plus de 72 000 le nombre d’entrées enregistrées pendant la crise de la fin juillet et indiquait qu’environ 10 000 personnes se trouvaient encore à Ceuta. Les estimations varient selon la date et selon que sont comptabilisées les personnes hébergées, celles vivant dans la rue ou celles dont la situation reste en cours d’examen.
Le débat passe ainsi de la gestion de l’urgence à une question plus structurelle : jusqu’où l’Espagne peut-elle accélérer les retours grâce aux nouvelles règles européennes et quel rôle opérationnel Frontex peut-il assumer ? Le droit européen offre des procédures plus rapides, mais leur application reste conditionnée à l’identification individuelle, au droit d’asile, à la coopération du pays d’origine et au respect des garanties prévues par la loi.

