MADRID — Alberto Núñez Feijóo accentue la pression sur Pedro Sánchez pour qu’il détaille les contacts entretenus par le gouvernement avec le Maroc depuis l’entrée massive de migrants à Ceuta fin juillet. Le Parti populaire veut savoir si le président a directement échangé avec les autorités marocaines et, en particulier, avec le roi Mohammed VI. Il porte désormais ses questions devant le Sénat.
La direction du PP demande à connaître « quand, comment et quelles » démarches diplomatiques ont été entreprises pour gérer la crise et faciliter les retours. Feijóo avait déjà interrogé directement Sánchez lors de la séance de contrôle de mercredi au Congrès, sans obtenir de réponse précise sur ses éventuelles conversations avec Rabat.
Le PP a déposé une série de questions parlementaires portant sur les démarches engagées auprès du Maroc, les obstacles empêchant d’accélérer les procédures de retour et une éventuelle médiation de l’Union européenne. Il veut également savoir si l’exécutif a échangé avec l’ambassadrice du Maroc et connaître le contenu des rencontres diplomatiques organisées depuis la crise.
Le retour des migrants au centre du bras de fer
Feijóo estime que le Maroc doit accepter le retour des personnes entrées irrégulièrement les 30 et 31 juillet. Cette semaine, il a défendu cette position auprès du commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, en demandant à l’Union de jouer un rôle de médiation auprès de Rabat afin que les retours soient effectivement réalisés.
Le Maroc a publiquement indiqué être disposé à accepter des retours, y compris de mineurs, mais leur mise en œuvre reste soumise aux procédures juridiques applicables. Le PP s’oppose au transfert vers la péninsule des mineurs non accompagnés présents à Ceuta et défend leur retour, estimant qu’une redistribution pourrait provoquer un effet d’appel.
Le gouvernement et l’opposition conservent toutefois des lectures opposées de la responsabilité marocaine. Feijóo affirme que l’entrée massive est partie du Maroc, qu’elle a été tolérée par ses autorités et qu’il existe des indices d’une coordination. Sánchez déclarait début septembre qu’il n’existait pas de « preuves solides » permettant d’attribuer au Maroc l’organisation du franchissement et avait ordonné la publication des rapports disponibles.
Ceuta élargit le front politique et européen
Cette pression parlementaire intervient après l’adoption par le Parlement européen d’une résolution sur Ceuta dénonçant l’instrumentalisation de la migration comme outil de guerre hybride contre l’intégrité territoriale d’un État membre. Le texte renforce la dimension européenne de la crise, mais ne détermine pas à lui seul qui a organisé les événements de juillet.
Le PP entend désormais prolonger ce débat en Espagne. Feijóo a convoqué le 28 septembre la Junta Directiva Nacional du parti avec ses présidents régionaux, une réunion qui doit également servir à afficher son soutien au président de Ceuta, Juan Jesús Vivas.
Une question reste publiquement sans réponse précise : quel a été le niveau exact des échanges entre la Moncloa et Rabat depuis le 30 juillet ? Alors que le PP exige de connaître ces conversations et lie les retours à une pression diplomatique accrue, l’exécutif continue de distinguer la coopération avec le Maroc des accusations sur une éventuelle responsabilité de Rabat dans la crise, qui restent au cœur d’une controverse politique et des investigations.

